L'affaire du carton rouge de l'attaquant américain Folarin Balogun lors de la Coupe du monde 2026 continue de provoquer des remous bien au-delà des terrains. Un groupe de députés européens a lancé une initiative visant à ouvrir une enquête sur le président de la FIFA, Gianni Infantino, après la décision controversée de l'instance d'annuler la suspension qui devait frapper le joueur. Cette décision, intervenue après un appel téléphonique du président américain Donald Trump à Infantino, a été qualifiée de « scandaleuse » par plusieurs élus.
La démarche, rapportée mardi 8 juillet par des sources parlementaires, consiste en une lettre circulant au sein du Parlement européen et exhortant les fédérations de football des États membres de l'Union européenne à demander un réexamen formel du processus décisionnel ainsi que de toute éventuelle ingérence politique. Les signataires, parmi lesquels figurent les députés Barry Andrews, Lara Wolters et Niels Fuglsang, ont dénoncé ce qu'ils appellent une « perversion de la justice » dans un communiqué conjoint.
« La FIFA a changé la règle sur les suspensions pour carton rouge en plein milieu du tournoi », ont-ils déclaré, estimant que cette décision crée un précédent dangereux pour l'intégrité de la compétition. Pour ces élus, l'intervention de Trump a compromis l'indépendance de l'instance dirigeante du football mondial.
Un précédent inédit
Balogun, meilleur buteur américain dans le tournoi, avait reçu un carton rouge lors de la victoire des États-Unis contre la Bosnie-Herzégovine le 1er juillet. Normalement, cette sanction aurait dû le priver du match suivant contre la Belgique. Mais la FIFA, par l'intermédiaire de sa commission de discipline, a levé cette suspension après que Trump a contacté Infantino, avec qui il entretient des relations amicales de longue date. Le président américain a reconnu avoir demandé à la FIFA de réexaminer le cas, qualifiant le carton rouge d' « horrible », tout en précisant n'avoir pas exigé de résultat particulier.
C'est la première fois dans l'histoire moderne de la Coupe du monde qu'un carton rouge reçu en cours de tournoi n'entraîne pas de suspension. L'Union européenne de football (UEFA) avait déjà qualifié cette décision d' « inédite, incompréhensible et injustifiable ».
Conséquences sportives et politiques
Les États-Unis ont finalement perdu 4-1 contre la Belgique et ont été éliminés de la compétition, ce qui relativise l'impact sportif immédiat de la mesure. Cependant, les répercussions politiques et institutionnelles s'annoncent durables. L'initiative des députés européens pourrait déboucher sur une pression accrue sur la FIFA, notamment de la part des fédérations nationales européennes, déjà critiques envers la gestion de l'instance.
La lettre en circulation au Parlement européen ne se limite pas à demander une simple explication : elle appelle les associations de football de l'UE à exiger une procédure de révision formelle au sein de la FIFA, en s'appuyant sur les statuts de l'organisation. Si ce mouvement prend de l'ampleur, il pourrait contraindre Infantino à s'expliquer devant les instances politiques européennes, un scénario inédit pour un dirigeant sportif de cette envergure.
Une polémique qui s'étend
Au-delà du Parlement européen, plusieurs voix s'élèvent dans le monde du football pour dénoncer ce qu'elles perçoivent comme une brèche dans les principes d'équité sportive. La Belgique, directement concernée par le retour de Balogun, avait déjà obtenu le droit de faire appel de la décision de la FIFA. L'affaire prend désormais une dimension politique, les députés européens estimant que l'indépendance du football ne peut être subordonnée aux intérêts d'un chef d'État.
Reste à savoir si cette initiative aboutira à une enquête formelle. La FIFA n'a pas encore réagi officiellement à la demande des parlementaires. Mais cette nouvelle pression, ajoutée aux critiques de l'UEFA, renforce la controverse autour de la gestion de Gianni Infantino, dont la proximité affichée avec Donald Trump avait déjà suscité des interrogations lors de précédentes occasions.