Le Parlement britannique examine ce lundi une réforme majeure du système de santé anglais : la création d’un dossier médical unique pour chaque patient. Porté par le projet de loi de modernisation du NHS, ce dispositif vise à fusionner les informations issues des cabinets de généralistes, des hôpitaux et des services de soins sociaux, afin d’éviter aux patients de répéter leur historique médical à chaque consultation.

Selon les projections du ministère de la Santé et des Affaires sociales, cette unification des données pourrait entraîner une baisse de 20 000 passages aux urgences par an. Ce chiffre se décompose en deux grands effets : d’une part, 10 000 visites évitées grâce à la prise en charge à distance des patients fragiles ; d’autre part, 10 000 autres liées à la réduction des erreurs de diagnostic, les cliniciens disposant d’un accès complet aux antécédents du patient. Le gouvernement estime également que 6 000 hospitalisations pourraient être évitées chaque année, et que 500 000 heures de travail médical seraient récupérées.

Le déploiement du dossier unique – accessible via l’application NHS – est prévu à partir de 2027. Dans certaines régions d’Angleterre, un partage limité des données existe déjà, mais le nouveau cadre législatif vise à généraliser la pratique et à garantir une cohérence sur l’ensemble du territoire.

Des difficultés quotidiennes mises en lumière

La réforme répond à des problèmes concrets. Un chirurgien a récemment dû annuler une greffe de rein, faute de pouvoir consulter les antécédents du patient pendant le week-end, les accès aux dossiers des généralistes étant indisponibles. De même, les femmes enceintes sont contraintes de relater de mémoire l’intégralité de leur parcours médical lors du premier rendez-vous avec une sage-femme, ces dernières ne pouvant pas consulter les données officielles.

Les ambulanciers, lorsqu’ils transportent un patient en urgence vers l’hôpital, pourront à l’avenir visualiser l’intégralité des informations médicales – traitements en cours, allergies, antécédents – grâce au dossier partagé. Les aidants familiaux, de leur côté, pourront obtenir en temps réel les mises à jour concernant les soins et les médicaments de leurs proches.

Le secrétaire d’État à la Santé et aux Affaires sociales, James Murray – qui a succédé à Wes Streeting en mai dernier – a témoigné de son expérience personnelle. Ayant été diagnostiqué d’une pathologie neurologique rare dans sa vingtaine, aujourd’hui asymptomatique, il a déclaré : « Je bénéficie d’un excellent soutien de la part du NHS. Mais je sais combien il peut être difficile de faire coopérer les différentes branches du service de santé, et combien il est éprouvant pour certains patients de répéter sans cesse leur histoire médicale. »

Des voix s’élèvent sur la confidentialité

Si la mesure est largement soutenue par les acteurs de terrain, elle suscite aussi des inquiétudes. La British Medical Association (BMA) a exprimé des réserves quant à la sécurité des données mutualisées. Le Dr David Wrigley, vice-président du comité des généralistes en Angleterre au sein de la BMA, a fait part de ses « craintes réelles » concernant la confidentialité. « Les généralistes protègent les dossiers confidentiels des patients depuis la création du NHS en 1948, une obligation légale qu’ils prennent très au sérieux. Mais nous avons besoin de garanties que cette supervision ne sera pas supprimée, faute de quoi se poserait la question de savoir qui protège les données des patients », a-t-il averti.

À l’inverse, la British Geriatric Society voit dans le dossier unique une avancée pour les personnes âgées. Sa représentante, le Dr Deb Gompertz, a souligné que les seniors comptent parmi les plus grands utilisateurs du NHS, recevant souvent des soins de multiples équipes – hôpitaux, services communautaires et soins primaires. « Un meilleur partage de l’information a le potentiel d’améliorer la continuité des soins », a-t-elle estimé.

Une réforme qui dépasse le dossier médical

Le projet de loi de modernisation du NHS ne se limite pas au dossier unique. Il prévoit également la suppression de l’instance NHS England et la dissolution de Healthwatch, l’organisme indépendant de représentation des patients. Le gouvernement justifie ces mesures par la volonté de « réduire les couches de bureaucratie » et de libérer des ressources pour les soins de première ligne.

Le texte est examiné en deuxième lecture à la Chambre des communes ce lundi. Son adoption marquerait une étape importante dans la stratégie décennale du gouvernement pour le système de santé anglais.