Un appel pressant à revoir la stratégie européenne
L'ancien chef du gouvernement, Édouard Philippe, a renouvelé son plaidoyer pour un sursaut économique de l'Union européenne. Alors que les tensions internationales – guerre commerciale, concurrence technologique américaine et chinoise, instabilité des chaînes d'approvisionnement – s'accentuent, il estime que l'Europe doit impérativement passer d'une posture défensive à une offensive économique concertée. Selon lui, la fragmentation actuelle des politiques nationales et le manque de coordination industrielle freinent la capacité d'action du continent.
« Un retard qui se creuse »
Dans ses récentes prises de parole, Édouard Philippe a souligné que l'Europe, avec des niveaux d'inflation parmi les plus faibles d'Europe (la France affiche par exemple une inflation à 2 %, contre 3,9 % en Grèce, 3,6 % en Espagne, et 3,1 % en Italie, selon des chiffres officiels), devrait théoriquement bénéficier d'une base macroéconomique favorable. Cependant, il a déploré que ce calme apparent ne se traduise pas en investissement ni en réformes structurelles. Il a ainsi déclaré : « Nous avons une fenêtre de tir, mais nous la laissons passer faute de vision commune. »
Des pistes de relance encore floues
L'ancien Premier ministre a esquissé plusieurs axes de redressement : un renforcement de la souveraineté industrielle dans les secteurs clés (défense, énergie, numérique), une refonte des règles de concurrence européenne pour favoriser les champions continentaux, et une politique commerciale plus offensive vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. Il a également insisté sur la nécessité de simplifier massivement les réglementations, pointant du doigt la complexité administrative qui, selon lui, étouffe l'innovation. « Nous ne pouvons pas continuer à nous imposer des contraintes que nos concurrents ne se donnent pas », a-t-il averti.
La question du financement reste entière
Si le discours sur le besoin de sursaut est largement partagé dans les cercles bruxellois, les modalités concrètes de sa mise en œuvre demeurent sujettes à débats. Le plan d'économies de 100 milliards d'euros proposé par le Medef (hausse de la TVA, recul de l'âge de départ à la retraite à 65 ans, réduction du nombre de fonctionnaires) a suscité des réactions contrastées. Édouard Philippe, tout en se montrant ouvert à des réformes de structure, n'a pas explicitement endossé ce plan, préférant appeler à une « synthèse courageuse » entre rigueur budgétaire et investissements d'avenir. Il a insisté sur le fait que l'Europe ne pourra pas se contenter d'emprunter davantage sans contreparties.
Un discours dans un contexte tendu
Ces prises de position interviennent alors que l'actualité offre plusieurs exemples de la fragilité européenne : le porte-avions Charles de Gaulle a regagné Toulon, marquant un temps d'arrêt dans la projection de puissance navale ; le nouveau congé de naissance de deux mois suscite des inquiétudes parmi les PME et les agences d'intérim, qui craignent des perturbations ; et le redressement fiscal de 22,5 millions d'euros visant Bernard Arnault illustre les tensions autour de la fiscalité des grandes fortunes. Autant de dossiers qui, selon l'ancien locataire de Matignon, appellent une réponse européenne coordonnée.
Un appel à l'unité et à l'action
Édouard Philippe a conclu en exhortant les dirigeants européens à dépasser leurs divergences tactiques : « L'Europe n'a plus le luxe de l'attentisme. Les décisions que nous ne prenons pas, d'autres les prendront pour nous. » Il a ainsi implicitement renvoyé aux États membres la responsabilité de mettre en œuvre d'urgence des réformes structurelles, sous peine de voir le Vieux Continent relégué au rang de simple marché passif dans la compétition mondiale.