Deux discours pour un même parti

L'éditorialiste Raphaël Legendre, dans une émission diffusée le 12 juin sur BFM Business, a livré une analyse du positionnement économique du Rassemblement national (RN) qu'il qualifie de « en même temps ». Cette expression, souvent utilisée pour caricaturer la méthode du président de la République, sert ici à décrire la capacité du parti d'extrême droite à tenir simultanément un discours social et un langage favorable aux entreprises.

Selon l'éditorialiste, le RN mène une double stratégie. D'un côté, il se présente comme le défenseur du pouvoir d'achat des classes populaires et des retraités, reprenant à son compte des mesures coûteuses comme l'annulation de la réforme des retraites ou des baisses d'impôts. De l'autre, il multiplie les signes d'ouverture vers le monde patronal, en promettant des allègements de charges et une dérégulation du marché du travail.

Un parti en quête de crédibilité économique

Cette ambivalence intervient alors que le RN cherche à renforcer sa crédibilité économique en vue des prochaines échéances électorales. Jordan Bardella, président du parti, tente d'incarner une ligne pragmatique, capable de rassurer à la fois les électeurs populaires et les milieux d'affaires. Mais pour Raphaël Legendre, cette tentative de synthèse pourrait se heurter à des contradictions internes.

« Le RN veut lutter contre la pauvreté tout en baissant les impôts des plus riches, défendre les services publics tout en réduisant la dépense publique », résume-t-il. Cette équation, selon lui, paraît difficile à tenir sans un ajustement budgétaire majeur ou une remise en cause des engagements pris.

Des propositions chiffrées contestées

L'éditorialiste a également passé en revue plusieurs propositions phares du RN. Le parti promet notamment une baisse de la TVA sur l'énergie, le retour de l'âge légal de départ à la retraite à 60 ans pour certaines carrières, ou encore une augmentation des salaires des enseignants. Ces mesures, dont le coût total est estimé à plusieurs dizaines de milliards d'euros, ne seraient pas intégralement financées selon les projections que cite Legendre.

« Le RN joue sur les deux tableaux : il promet des dépenses sociales massives tout en affirmant vouloir réduire la dette. Mais dans le même temps, il refuse de dire clairement quels impôts il augmenterait ou quelles dépenses il couperait », détaille-t-il.

Un pari pour l'avenir

Pour Raphaël Legendre, cette stratégie du « en même temps » est un pari risqué. Elle pourrait séduire un électorat en quête de rupture, mais aussi susciter la méfiance des marchés financiers et des institutions européennes, que le RN critique régulièrement. L'éditorialiste rappelle que le parti a déjà été contraint par le passé de revoir certaines de ses propositions économiques jugées trop coûteuses.

« Le RN veut être à la fois le parti du peuple et le parti du patronat. Mais en politique économique, il faut choisir. On ne peut pas à la fois augmenter les dépenses sociales et baisser les impôts sans creuser le déficit », conclut-il.

Un débat qui s'annonce vif

Cette analyse intervient dans un contexte où les questions économiques sont au premier plan des préoccupations des Français. L'inflation, bien qu'en ralentissement, reste élevée, et le pouvoir d'achat demeure la priorité numéro un des ménages. Le RN, fort de ses scores élevés dans les sondages, tente de capitaliser sur ce mécontentement tout en se présentant comme une force de gouvernement responsable.

La sortie de l'éditorialiste a déjà suscité des réactions. Certains responsables du parti ont dénoncé une lecture partiale de leur programme, tandis que des économistes indépendants soulignent la nécessité d'un débat contradictoire sur le financement des propositions.

Dans les prochaines semaines, le RN devrait détailler davantage son projet économique, notamment à l'occasion de son université d'été. En attendant, le parti devra répondre aux interrogations sur la cohérence de son positionnement, entre promesses sociales et volonté d'apaisement avec le monde des affaires.