La course à l'élection présidentielle de 2027 connaît une inflation inédite de candidatures, et le Parti socialiste n'échappe pas à cette dynamique. Mardi 9 juin, le maire de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), Karim Bouamrane, a annoncé sa candidature à la fonction suprême. Cette déclaration a provoqué un malaise profond au sein du parti, illustré par un silence assourdissant sur la boucle WhatsApp réservée aux députés PS, habituellement très réactive.
Un accueil glacial sur la messagerie des députés
D'après des sources proches du premier secrétaire du parti, Olivier Faure, la nouvelle a été reçue comme « du grand n'importe quoi ». Un proche d'Olivier Faure a confié, sous couvert d'anonymat, que personne n'a réagi sur le fil de discussion, et a qualifié la déclaration de « succession de lieux communs mal articulés au service d'une candidature narcissique, injustifiée ». Le même interlocuteur a résumé : « Karim nage en plein ego-trip. »
Ce silence gêné contraste avec la propension habituelle des élus socialistes à commenter les événements internes. Il révèle une fracture latente entre les ambitions personnelles et la nécessité d'une unité affichée, alors que la gauche aborde cette séquence électorale dans une situation de fragmentation.
« L'illusion macroniste » : un verrou psychologique brisé
Ce n'est pas seulement le nombre de prétendants qui surprend, mais aussi leur profil. Plusieurs observateurs estiment que l'accession d'Emmanuel Macron à l'Élysée en 2017 — sans mandat électif antérieur et sans l'appui d'un grand parti traditionnel — a fait sauter un verrou psychologique. L'expression « Macron a donné l'illusion que n'importe qui pouvait devenir président » est souvent citée pour expliquer cette explosion de candidatures. Pour certains, cette démarche serait moins motivée par une véritable perspective de victoire que par la volonté « d'alimenter la machine médiatique ».
Une gauche fragmentée face à plusieurs déclarations
Karim Bouamrane n'est pas le seul à se lancer dans la course. Le désordre à gauche s'installe durablement : entre les meetings de Jean-Luc Mélenchon, qui a ouvert sa campagne le 7 juin à Saint-Denis, et la montée en puissance de Raphaël Glucksmann, les sondages récents annoncent un « duel Mélenchon-Glucksmann » pour la première place à gauche. La situation est d'autant plus confuse que les appels à des primaires ou à des ralliements se multiplient, sans qu'une procédure claire n'émerge.
Un PS sous tension
Pour le Parti socialiste, cette multiplication des candidatures individuelles pose un problème stratégique. Alors que le parti cherche à reconstruire une crédibilité après des défaites électorales successives, l'initiative de Karim Bouamrane est perçue par certains cadres comme une dispersion inutile des forces. Le fait qu'elle soit qualifiée d'injustifiée par un proche d'Olivier Faure montre que la direction du PS n'entend pas laisser libre cours à toutes les ambitions, sans coordination.
Des précédents et une tendance lourde
Ce phénomène n'est pas isolé. Depuis plusieurs mois, des candidatures venues de tous bords — de la droite à la gauche en passant par les extrêmes — se déclarent, souvent avant même que les partis aient tranché sur leurs mécanismes de sélection. La faiblesse des structures partisanes traditionnelles, couplée à l'absence de majorité claire à l'Assemblée nationale, favorise cette effervescence.
Quelle suite pour le maire de Saint-Ouen ?
Pour l'instant, Karim Bouamrane n'a pas répondu aux critiques internes. Sa candidature, bien que mal accueillie dans l'immédiat, pourrait forcer le parti à organiser un débat sur ses modalités de désignation. Mais l'épisode souligne surtout que, à neuf mois de l'échéance, la gauche est toujours en quête d'une stratégie commune, et que chaque nouvel entrant rend un peu plus hypothétique l'unité affichée.