L'école du Bauhaus, institution artistique et architecturale majeure du XXe siècle, est devenue la cible d'attaques répétées de la part de formations politiques d'extrême droite en Allemagne. Ces critiques, qui s'inscrivent dans un conflit culturel plus large, visent à dépeindre le mouvement moderne comme étranger aux traditions germaniques.

Des accusations d' 'antiallemand' et de 'dégénérescence'

Plusieurs responsables et intellectuels proches de l'extrême droite ont qualifié l'esthétique fonctionnaliste du Bauhaus de 'non allemande' et d''antiallemande'. Ils reprennent à leur compte une terminologie qui rappelle celle employée par le régime nazi, lequel avait fermé l'école en 1933 et qualifié son art de 'dégénéré'. Des publications et des discours publics assimilent ainsi les lignes épurées et l'approche rationaliste de l'école à un appauvrissement culturel imposé par des élites cosmopolites, loin des prétendues racines populaires et nationales.

Une offensive sur le terrain de la mémoire et de l'éducation

Au-delà des déclarations, cette opposition se traduit par des actions concrètes. Des voix au sein des partis d'extrême droite réclament une révision de la manière dont le Bauhaus est enseigné et présenté dans les musées et les écoles. L'objectif affirmé par certains est de 'corriger' le récit dominant, estimant que la renommée internationale du Bauhaus occulte d'autres courants artistiques jugés plus authentiquement allemands. Des pressions sont exercées sur des institutions culturelles pour qu'elles accordent moins de place à ce mouvement et davantage à des figures de l'art germanique antérieur ou contemporain jugées plus conformes à une identité nationale.

Un symbole de la 'guerre culturelle'

Cette controverse autour du Bauhaus illustre une 'guerre culturelle' plus générale menée par l'extrême droite allemande. Celle-ci cherche à redéfinir les canons esthétiques et intellectuels du pays, en s'opposant à ce qu'elle perçoit comme les excès du multiculturalisme, du cosmopolitisme et du progressisme artistique. Le Bauhaus, par son histoire, son rayonnement international et ses liens avec l'avant-garde de gauche des années 1920, constitue un symbole fort de cette modernité honnie. Ses figures emblématiques, comme Walter Gropius, Ludwig Mies van der Rohe ou Wassily Kandinsky, sont présentées comme les promoteurs d'un art déraciné.

Un débat qui divise le monde de la culture

Face à ces attaques, le milieu culturel allemand réagit avec inquiétude. De nombreux conservateurs de musées, historiens de l'art et architectes dénoncent une instrumentalisation politique de l'histoire et une tentative de réécrire le passé artistique du pays. Ils rappellent que le Bauhaus, bien que controversé à son époque, est mondialement reconnu comme l'un des mouvements les plus influents du siècle dernier, ayant posé les bases de la conception moderne en architecture, en design et dans les arts appliqués. La polémique actuelle est perçue comme une menace non seulement pour la réputation d'une école, mais aussi pour le pluralisme et la liberté de création en Allemagne.