Le mouvement de désobéissance civile Ende Gelände a lancé une série d'actions coup de poing dans la région de la Ruhr, en Allemagne, pour dénoncer la politique énergétique du gouvernement conservateur. Du 28 au 30 mai, environ 1 500 personnes ont participé à des blocages et des occupations ciblant plusieurs sites industriels. L'événement s'inscrivait dans le cadre d'un camp climat installé à Hamm du 24 mai au 2 juin, sur le site d'une ancienne mine de charbon, dont le mot d'ordre était « un avenir plutôt que du gaz ».

Des actions dispersées contre des infrastructures stratégiques

Le vendredi 29 mai aux aurores, des militants ont investi la centrale à charbon de Scholven, près de Gelsenkirchen, pour y installer symboliquement des panneaux solaires. Cette opération s'est conclue tard dans la journée par une garde à vue et un contrôle d'identité prolongé. Selon une participante, le groupe a renoncé à pénétrer dans le bâtiment de la centrale pour des raisons de sécurité et pour éviter des poursuites judiciaires plus lourdes, le blocage d'une infrastructure classifiée comme stratégique étant plus sévèrement réprimé.

D'autres sites ont été visés, notamment l'aciérie Friedrich Wilhelms-Hütte, qui produit de l'acier pour canons et blindages, les usines d'Europipe, un important constructeur de tubes pour pipelines, et l'usine du constructeur franco-allemand de blindés KNDS à Mülheim an der Ruhr. Le caractère dispersé des actions a pris la police par surprise. « Nous n'avions pas anticipé que les actions seraient aussi dispersées. Il a fallu improviser », a reconnu un policier présent en marge du camp climat.

Un regain de contestation face au projet gazier du gouvernement

Ces mobilisations s'opposent au projet du gouvernement dirigé par le chancelier conservateur Friedrich Merz, qui prévoit la construction de vingt à trente nouvelles centrales à gaz. Selon les opposants, cette politique vise à assurer le « backup » des réseaux électriques allemands, jugés trop lents à se moderniser pour absorber les fluctuations de la production d'énergie renouvelable, qui couvre déjà 58 % de la production électrique du pays. Les écologistes estiment que le gouvernement aurait dû accélérer le développement des réseaux plutôt que de miser sur des énergies fossiles.

La ministre de l'Économie, Katherina Reiche, ancienne patronne de l'industrie du gaz, est la principale cible des critiques. Elle est accusée de vouloir cimenter une dépendance aux énergies fossiles, alors que les enjeux écologiques, géostratégiques et financiers plaideraient pour un passage accéléré au tout renouvelable. Le mouvement Ende Gelände avait déjà marqué les esprits en bloquant pendant deux ans l'extension de la mine de lignite de Garzweiler II, exploitée par l'électricien RWE. Ce dernier doit construire trois des nouvelles centrales à gaz prévues dans la région.

Des heurts avec les forces de l'ordre

À la centrale de Voerde, une forte présence policière a empêché un groupe de militants d'occuper la centrale à charbon, qui doit être remplacée par une centrale à gaz. Une manifestation partie vers le centre-ville de Hamm a également été bloquée brutalement avant son arrivée devant la gare. « La police a massivement restreint notre liberté d'opinion et de rassemblement », a déploré Tomke Jansen, porte-parole d'Ende Gelände, tout en rappelant que la manifestation de la coalition pour le climat était « parfaitement légitime ».