Arrivée d'un vol en provenance de Louisiane

Un premier avion transportant des migrants expulsés des États-Unis s'est posé vendredi 12 juin en soirée à Bangui, en République centrafricaine. Selon Alma David, avocate américaine spécialisée dans le droit de l'immigration, l'appareil avait décollé la veille d'Alexandria, dans l'État de Louisiane (sud-est des États-Unis). Le vol a marqué une escale au Ghana avant de rejoindre la capitale centrafricaine, où il a atterri aux alentours de 21 heures GMT. Le nombre exact de personnes à bord n'a pas été communiqué.

Profils des expulsés et incertitudes sur l'escale ghanéenne

Les passagers à destination de la République centrafricaine sont décrits par Alma David comme étant « principalement des bénéficiaires du sursis à l'éloignement », originaires de divers pays : Iran, Afghanistan, Turquie et Géorgie. Selon l'avocate, au moins deux femmes iraniennes faisaient partie du groupe. La question de savoir si certains migrants ont été débarqués durant l'escale au Ghana reste posée, les autorités n'ayant pas fourni de précision. L'organisation Human Rights First, via son outil ICE Flight Monitor, avait suivi la trajectoire de l'appareil.

Une politique en pleine expansion

Ce vol s'inscrit dans le cadre d'un dispositif élargi par l'administration du président Donald Trump, qui consiste à envoyer des étrangers en situation irrégulière vers des pays tiers, même lorsqu'ils bénéficient de protections juridiques aux États-Unis. Ces expulsions, devenues un pilier de la politique migratoire américaine, sont contestées devant les tribunaux américains et à l'étranger.

La pratique repose sur l'argument de Washington selon lequel les personnes bénéficiant d'un sursis à l'éloignement ne peuvent être renvoyées dans leur pays d'origine, mais peuvent être transférées vers d'autres territoires. Le département d'État américain conseille pourtant à ses citoyens de ne se rendre « pour quelque raison que ce soit » en République centrafricaine, un pays qualifié de dangereux en raison des conflits armés qui le traversent.

Inquiétudes sur le sort des migrants

Des avocats et des personnes expulsées ont dénoncé des conditions de détention dégradantes aux États-Unis, des traitements inhumains au Ghana et une détention indéfinie dans d'autres pays africains comme l'Eswatini. Emily Trostle, avocate des Iraniens concernés, exprime la crainte que ces migrants ne soient « finalement contraints de retourner dans les pays qu'ils avaient initialement fuis », comme cela s'est déjà produit pour d'autres envoyés à travers l'Afrique.

Un contexte instable et des accords discrets

La République centrafricaine, pays riche en minéraux mais en proie à une instabilité chronique, voit encore des groupes armés et des combattants antigouvernementaux actifs sur son territoire, même si la situation sécuritaire s'est améliorée ces dernières années. Cet atterrissage semble être la première concrétisation d'un accord entre Bangui et Washington, mais ni le département d'État américain, ni les autorités centrafricaines, ni celles du Ghana n'ont pour l'instant répondu aux sollicitations concernant cet accord ou le sort des personnes débarquées.