Une séquence virale issue d’un spectacle de stand-up a mis le feu aux poudres sur les réseaux sociaux indiens. Dans cet extrait, un spectateur, développeur web de profession, raconte son expérience de rendez-vous galant : après avoir offert à sa compagne une assiette de biryani d’une valeur de 370 roupies (environ 3,36 euros), il estimait avoir droit à un accès sexuel en retour. « J’ai dépensé de l’argent, donc je devrais obtenir quelque chose en retour », a-t-il déclaré face à un public hilare, y compris le comédien Pranit More, animateur de la soirée.

La réaction indignée qui a suivi a contraint l’entreprise du jeune homme à le licencier, tandis que Pranit More a présenté des excuses publiques pour avoir ri de la remarque au lieu de la contester. L’incident a rapidement dépassé le cadre du simple fait divers pour nourrir une réflexion de fond sur le consentement et le sentiment de droit qui peut découler d’un paiement.

Un glissement vers une logique transactionnelle

Pour de nombreux observateurs, cet épisode illustre la banalisation d’une misogynie ordinaire. Il révèle surtout une tendance, chez certains hommes, à considérer les fréquentations comme des transactions où l’argent versé justifierait une contrepartie physique. Mrignayanika, une professionnelle du secteur du développement basée à Delhi, estime que cette affaire met en lumière la façon dont la culture du date peut glisser vers un raisonnement marchand. Elle confie avoir toujours perçu comme « exploitante » l’idée que des hommes offrent des verres aux femmes pour se sentir « en droit d’exiger leur temps et leur attention ». C’est pourquoi elle insiste systématiquement pour partager l’addition : « Je ne veux pas que quiconque s’imagine que je lui dois du temps, de l’attention ou des faveurs sexuelles parce qu’il m’a payé une boisson. Je préfère boire mon café seule. »

Gayathri Sreedharan, anthropologue appliquée et fondatrice d’Izaar, une organisation de santé sexuelle, ajoute que cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de violences persistantes contre les femmes. Selon les dernières données du Bureau national des dossiers criminels (NCRB), 29 536 cas de viol ont été enregistrés en Inde en 2024, sur un total de 441 534 crimes commis à l’encontre des femmes.

Un débat qui dépasse les frontières indiennes

La polémique du « rencard au biryani » ne se limite pas à l’espace numérique indien. Elle interroge des schémas culturels bien plus larges, où l’on confond souvent générosité et droit sur l’autre. Les critiques soulignent que l’idée même de « devoir quelque chose » après un repas payé participe d’une culture du viol qui minimise l’importance du consentement libre et éclairé.

Si la majorité des voix exprimées condamnent fermement la sortie du spectateur, certains commentaires — plus discrets — révèlent une persistance de l’idée que celui qui paie peut légitimement attendre une forme de compensation. Le débat, loin d’être clos, semble avoir touché une corde sensible dans une société où les rapports hommes-femmes sont en pleine mutation.

Un contexte de violences récurrentes

Il y a quelques mois seulement, un homme a été condamné à la prison à vie pour le viol et le meurtre d’une touriste irlandaise, et un autre a écopé de la même peine dans l’affaire du viol et du meurtre d’une médecin. Ces affaires, largement médiatisées, ont contribué à une prise de conscience collective sur l’insécurité persistante des femmes, même si les mentalités évoluent lentement. La controverse actuelle apparaît dès lors comme un nouveau révélateur des tensions entre modernisation des mœurs et traditions patriarcales.