Un mot malheureux a déclenché une lame de fond. En mai dernier, le juge Surya Kant, président de la Cour suprême indienne, qualifiait certains jeunes sans emploi de «cafards» et de «parasites». Il a depuis expliqué viser uniquement des fraudeurs, mais la formule a blessé une jeunesse déjà fragilisée par un chômage de masse et des scandales à répétition dans les examens nationaux. Une simple story Instagram lancée par un étudiant, Abhijeet Dipke, a suffi à transformer cette insulte en cri de ralliement.

Un parti fictif devenue force réelle Le «Parti des cafards» (Cockroach Party) a rapidement dépassé le cadre du canular en ligne. Le mouvement revendique aujourd'hui une audience sur les réseaux sociaux plus large que celle de plusieurs formations politiques traditionnelles. Sans structure officielle ni représentant élu, il incarne le ras‑le‑bol d'une génération qui se sent abandonnée par les institutions. Ses revendications portent en priorité sur l'emploi, la transparence des concours publics et une réforme du système judiciaire.

Marche vers le cœur du pouvoir Ces dernières semaines, le mouvement est sorti du numérique. Des cortèges de jeunes, souvent munis de symboles évoquant le cafard – masques, banderoles, slogans – ont convergé vers New Delhi. L'objectif : atteindre les grilles du Parlement et interpeller les élus sur la crise de l'emploi. Les autorités ont tenté de canaliser le rassemblement, mais la mobilisation reste pacifique. Les participants, majoritairement des diplômés sans travail, espèrent que leur présence physique donnera une caisse de résonance à leur colère.

Un avenir politique incertain Le mouvement ne dispose d'aucun programme électoral ni de candidature déclarée, mais certains observateurs s'interrogent sur sa possible transformation en parti politique réel. La jeunesse indienne, forte de plusieurs centaines de millions de personnes, constitue un réservoir électoral considérable. Cependant, l'absence de leader unique et de structure formelle limite pour l'instant toute ambition institutionnelle. Le «parti des cafards» reste avant tout un symbole : celui d'une génération qui refuse d'être traitée en nuisible et cherche, par l'humour et la rue, une issue politique.