Quatre membres d’une unité de renseignement militaire indonésienne ont été reconnus coupables et condamnés à des peines d’emprisonnement mercredi pour l’agression à l’acide dont a été victime un défenseur des droits humains en mars dernier. Le verdict, rendu par une cour militaire à Jakarta, a été immédiatement critiqué par des militants qui y voient une tentative d’étouffer l’affaire.

Les peines prononcées s’échelonnent de dix-huit mois à trois ans de prison. Les quatre prévenus encouraient jusqu’à douze ans de réclusion, selon les textes en vigueur. L’attaque, survenue alors que la victime circulait à moto dans la capitale, a provoqué des brûlures sur 24 % de son corps et endommagé son œil droit. Hospitalisée depuis les faits, cette dernière a subi de multiples interventions chirurgicales dans l’espoir de sauver son œil.

Une affaire transférée à la justice militaire contre l’avis de la victime

La victime, âgée de 27 ans, occupe le poste de coordinateur adjoint de Kontras, une importante organisation de défense des droits humains. Figure critique de l’institution militaire indonésienne, elle s’était opposée au transfert de l’affaire devant une cour militaire, décidé en avril par les procureurs des forces armées. Refusant de témoigner dans ce cadre, elle avait plaidé pour que la procédure soit instruite par des juges civils.

Des organisations dénoncent un « blanchiment »

Pour les défenseurs des droits humains, la tenue du procès devant une juridiction militaire et la relative clémence des peines constituent un déni de justice. Le directeur exécutif d’Amnesty International Indonésie, Usman Hamid, a qualifié le procès de « blanchiment flagrant » qui « ne rend ni justice ni vérité ». Selon lui, ce verdict « protège l’intégrité institutionnelle de l’armée et soustrait toute la chaîne de commandement ainsi que d’autres acteurs potentiellement liés à cet incident à tout examen approfondi ».

Les procureurs avaient soutenu devant le tribunal que les soldats avaient agi par colère contre l’activisme de la victime. Aucun élément du jugement ne permet, à ce stade, de déterminer si des gradés ou des responsabilités plus hautes dans la hiérarchie ont été impliqués dans l’organisation de l’attaque. Pour les critiques, le verdict laisse ces zones d’ombre intactes.

L’armée indonésienne sous pression

Cet épisode survient dans un contexte de tensions récurrentes entre l’armée indonésienne et les organisations de défense des droits humains. L’institution militaire, longtemps toute-puissante durant la dictature de Suharto, conserve une influence considérable et un système judiciaire propre, distinct de la justice ordinaire. Les plaintes pour violations des droits humains impliquant des militaires sont fréquemment instruites par des tribunaux militaires, ce que les activistes dénoncent comme un obstacle à l’impartialité.

Le verdict de mercredi pourrait relancer le débat sur la place de l’armée dans la société indonésienne et la nécessité de réformer le système judiciaire militaire. La victime, toujours en soins, n’a pas encore réagi publiquement à la décision du tribunal.