Les conditions de vie des Iraniens ordinaires se détériorent, sous l’effet conjugué du conflit armé, des sanctions internationales et d’années de tensions économiques. Face à cette situation, les autorités ont tenté d’atténuer la pression sur les consommateurs en relevant le salaire minimum et en mettant en place des bons d’achat alimentaires. Mais de nombreux habitants de la capitale estiment que ces mesures restent insuffisantes face à la rapidité avec laquelle les prix grimpent.
En mars dernier, le salaire minimum mensuel a été augmenté de 60 %, atteignant 166 millions de rials (l’équivalent d’environ 120 dollars). Pourtant, ce qui frappe le plus les foyers n’est pas tant le chiffre global de l’inflation que la vitesse à laquelle les prix des produits courants évoluent. Un résident de Téhéran, qui a requis l’anonymat, rapporte ainsi que le prix du riz a grimpé de 9 % en l’espace de deux semaines. D’autres denrées, comme la glace, ont connu des hausses similaires. Les prix augmentent de semaine en semaine, alors que les salaires ne sont révisés qu’une fois par an.
Un système de bons d’achat dépassé par les hausses
Les autorités ont mis en place un dispositif de bons alimentaires destiné à alléger le fardeau des ménages. Mais beaucoup estiment que cette aide n’a pas suivi l’évolution des prix. Le même habitant de Téhéran indique que, depuis l’introduction de ces bons, le prix du poulet a plus que doublé, tandis que celui du lait a augmenté de près de 50 %. Le montant du bon, lui, est resté inchangé.
Certains foyers, lorsqu’ils disposent encore d’une épargne, achètent en gros des produits alimentaires, des détergents et des articles d’hygiène pour les stocker chez eux, avant que les prix ne grimpent à nouveau.
Des rayons pleins, des portefeuilles vides
Le conflit avec les États-Unis et Israël a aggravé les difficultés économiques que connaît déjà l’Iran. L’absence d’une issue diplomatique rapide au conflit perturbe l’approvisionnement en pétrole, en gaz et en engrais. Quand le carburant, le transport et les importations deviennent plus chers, les répercussions se font sentir sur l’ensemble des biens de consommation.
Il en résulte une situation paradoxale où l’abondance et la précarité coexistent. Les étals des magasins restent approvisionnés, mais pour un nombre croissant de personnes, les prix deviennent inaccessibles. Le problème immédiat n’est pas la pénurie, mais l’effondrement du pouvoir d’achat.
Même lorsque l’État augmente le salaire minimum, cette mesure pèse peu dans un marché où les prix évoluent chaque semaine, où les subventions perdent rapidement leur valeur et où les familles sont contraintes de réduire leurs achats, de choisir des portions plus petites et de faire des arbitrages douloureux.
Témoignages d’un quotidien de plus en plus difficile
Un propriétaire de supermarché en Iran confirme assister quotidiennement à une hausse des prix bien plus rapide que ce que les gens peuvent se permettre. Ses clients, qui achetaient autrefois plusieurs kilos de riz, en prennent désormais beaucoup moins. Il constate que les gens ne peuvent même plus acheter des produits de première nécessité en quantité normale.
En raison d’une inflation galopante qui dure depuis des années, les prix courants en Iran sont souvent exprimés en « tomans » plutôt qu’en « rials », l’unité officielle. Un toman vaut dix rials. Sachant qu’un kilo de riz coûte environ 3 millions de rials, l’usage du toman simplifie les transactions du quotidien. Il existe ainsi un décalage persistant entre l’unité officielle utilisée dans les documents gouvernementaux et bancaires et celle employée par le public dans la vie courante.
Le commerçant confie que les moments les plus pénibles surviennent lorsque des enfants entrent dans sa boutique et demandent un article coûtant 10 000 tomans. Trouver quoi que ce soit à ce prix est devenu quasiment impossible. Il affirme n’avoir jamais vu une telle situation en toutes ses années d’activité.