À Raguhn-Jeßnitz, petite commune de 8 600 habitants du Land de Saxe-Anhalt, le maire Hannes Loth roule en voiture électrique et projette d'installer six nouvelles éoliennes ainsi qu'un parc de batteries avec poste de transformation. Cet agriculteur, premier édile à exercer cette fonction à temps plein sous l'étiquette de l'Alternative pour l'Allemagne (AfD), mène une politique locale favorable aux énergies renouvelables, en dépit du programme fédéral de son parti.
Un conseiller municipal de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), Tilo Hörtzsch, a confirmé ces projets. « M. Loth n'est pas quelqu'un qui mêle l'idéologie à tout », a-t-il déclaré, en soulignant l'importance de ces technologies pour le développement économique régional. « Nous avons besoin de ces technologies clés en Saxe-Anhalt – elles sont importantes. »
Les craintes d'un revirement politique
Hörtzsch, par ailleurs dirigeant d'une entreprise locale de génie électrique, redoute toutefois que la dynamique électorale en faveur de l'AfD n'entraîne un changement de cap au niveau du Land. « Je crains que nous finissions par faire un pas en arrière », a-t-il confié.
Ces appréhensions s'appuient sur le programme électoral que l'AfD a présenté pour la Saxe-Anhalt. Le parti, mené par son candidat tête de liste Ulrich Siegmund, y promet de « stopper la sortie du charbon, d'initier un retour au nucléaire et de mettre fin aux sanctions énergétiques contre la Russie ». Il propose également un moratoire sur la construction de nouvelles éoliennes et la suspension de l'admission de ressortissants hors de l'Union européenne.
Une région pionnière menacée
La Saxe-Anhalt est considérée comme l'un des Länder les plus avancés dans le déploiement des énergies renouvelables. Les entreprises locales, notamment dans les secteurs de l'éolien et du stockage d'énergie, alertent sur les conséquences économiques d'un abandon des objectifs climatiques. La perspective d'un retour au charbon et au nucléaire, couplée à une fin des sanctions contre Moscou, remettrait en cause les investissements déjà réalisés et la crédibilité de la région en matière de transition énergétique.
Selon les derniers sondages, l'AfD recueillerait environ 41 % des intentions de vote en Saxe-Anhalt, une progression qui pourrait lui permettre de peser fortement sur la composition du prochain gouvernement régional. La CDU, actuellement au pouvoir, tente de défendre son bilan mais doit faire face à la montée de la formation populiste.
Un maire AfD en décalage avec son parti
Le cas de Hannes Loth illustre les contradictions internes à l'AfD sur la question énergétique. Élu local soucieux de développement économique, il privilégie des projets concrets d'énergies propres, alors que la ligne officielle du parti prône un retour aux énergies fossiles et nucléaires. Ce décalage pourrait s'accentuer si l'AfD accédait à des responsabilités gouvernementales dans le Land, obligeant ses élus à concilier intérêts locaux et dogme partisan.
Les milieux d'affaires de l'est de l'Allemagne mettent en garde contre l'impact négatif des propositions de l'AfD sur l'attractivité économique de la région. La remise en cause de la transition énergétique pourrait freiner les investissements et compromettre la création d'emplois dans des filières d'avenir. Le scrutin du 6 septembre constituera un test décisif pour l'orientation politique de la Saxe-Anhalt et, plus largement, pour l'avenir de la politique climatique dans l'est du pays.