La transition énergétique en Allemagne de l’Est est-elle menacée par la poussée de l’extrême droite ? Dans le Land de Saxe-Anhalt, l’AfD caracole en tête des intentions de vote avec environ 41 % des suffrages, selon les derniers sondages, à un peu plus de deux mois du scrutin régional. Son programme prévoit de stopper la sortie du charbon, de relancer le nucléaire, de mettre fin aux sanctions énergétiques contre la Russie et d’instaurer un moratoire sur l’installation de nouvelles éoliennes. Le parti réclame également la suspension de l’admission de ressortissants extérieurs à l’Union européenne.
Pourtant, sur le terrain, un élu local de l’AfD semble faire cavalier seul. Hannes Loth, premier maire à temps plein issu de ce parti en Allemagne, conduit une électrique et ambitionne de développer les énergies renouvelables dans sa commune de Raguhn-Jeßnitz, peuplée d’environ 8 600 habitants. L’agriculteur, en poste depuis 2023, projette la construction d’une installation de stockage par batteries avec un poste de transformation, ainsi que l’implantation de six nouvelles éoliennes. Ces projets vont à l’encontre des orientations de son propre parti.
Un maire pragmatique ?
Tilo Hörtzsch, conseiller municipal de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) à Raguhn-Jeßnitz et dirigeant d’une entreprise locale de génie électrique, confirme ces intentions. « M. Loth n’est pas du genre à tout aborder sous l’angle idéologique », observe-t-il. « Nous avons besoin de ces technologies clés en Saxe-Anhalt – elles sont importantes. » Le responsable craint toutefois que la dynamique politique ne conduise à un recul. « Je redoute que nous finissions par faire marche arrière », ajoute-t-il.
Saxe-Anhalt s’est imposée comme l’une des régions pionnières d’Allemagne dans le basculement vers les énergies propres. Les investissements dans l’éolien et le solaire y sont importants. Un retournement de cap, si l’AfD accédait au pouvoir, pourrait compromettre des années d’efforts et de financements.
Une contradiction aux conséquences économiques
Le décalage entre l’engagement local de certains élus et le discours national du parti illustre les tensions internes à l’AfD sur la question énergétique. Pour les milieux économiques locaux, les conséquences seraient graves. Les entreprises redoutent une perte de compétitivité et une fuite des investisseurs si les objectifs climatiques sont abandonnés. La main-d’œuvre qualifiée, indispensable aux industries de la région, serait également affectée par la politique migratoire prônée par le parti.
L’issue du scrutin du 6 septembre déterminera l’avenir énergétique de ce Land de l’est. Mais au-delà du résultat, le cas de Raguhn-Jeßnitz montre que, même au sein de l’AfD, la réalité des projets concrets peut entrer en conflit avec la ligne idéologique. Reste à savoir si cette contradiction pourra survivre à une éventuelle prise de pouvoir.