Un effet collatéral de la régulation du loup

Les mesures de contrôle des populations de loups, mises en œuvre dans plusieurs pays européens pour protéger le bétail, pourraient avoir un effet inattendu : favoriser la progression du chacal doré. C’est ce que suggère une étude dont les conclusions ont été présentées ces derniers jours, qui établit un lien entre la pression exercée sur le grand prédateur et l’expansion de son cousin plus petit et plus adaptable.

Le chacal doré, longtemps cantonné aux Balkans et au pourtour méditerranéen, étend progressivement son aire de répartition vers le nord et l’ouest de l’Europe. Les chercheurs avancent que l’élimination des loups, qui occupent une position dominante dans la hiérarchie des canidés, libère une niche écologique que le chacal s’empresse de coloniser. Moins exigeant sur son habitat et capable de se nourrir d’une grande variété de proies et de déchets, le chacal bénéficie ainsi d’une compétition réduite.

Un prédateur discret mais en pleine expansion

Plus petit que le loup, le chacal doré est aussi plus discret et plus difficile à repérer. Il se déplace souvent seul ou en petits groupes et s’adapte facilement aux paysages agricoles et périurbains. Sa progression est suivie de près par les scientifiques et les gestionnaires de la faune sauvage, qui redoutent qu’il ne devienne, à son tour, source de conflits avec les activités humaines, notamment l’élevage ovin.

L’étude souligne que les tirs de loups, autorisés dans le cadre de plans de gestion ou de dérogations, réduisent la pression de prédation que les loups exercent sur les chacals, mais aussi sur les renards. Ce déséquilibre pourrait modifier en profondeur la composition des communautés de carnivores sur le continent.

Implications pour la gestion de la faune

Ces résultats posent la question de l’efficacité à long terme des politiques de régulation des grands prédateurs. Si l’objectif est de limiter les dégâts sur le bétail, le remplacement du loup par le chacal pourrait ne pas apporter la solution espérée, le chacal s’attaquant également aux troupeaux, même si les pertes sont généralement moins importantes.

Les auteurs de l’étude appellent à une approche plus intégrée de la gestion des canidés sauvages, prenant en compte les interactions entre espèces plutôt que de cibler un seul prédateur. Ils recommandent d’évaluer les conséquences écologiques des prélèvements avant de les autoriser, et d’inclure le chacal doré dans les plans de suivi nationaux.

Une espèce encore mal connue

Malgré son expansion, le chacal doré reste une espèce relativement méconnue du grand public et même de nombreux gestionnaires. Sa discrétion et son activité principalement nocturne compliquent l’estimation précise de ses effectifs. Plusieurs pays, dont la France, ont mis en place des réseaux de signalement pour mieux documenter sa présence.

La recherche montre que la cohabitation entre loups et chacals est possible, mais que toute perturbation de l’équilibre établi peut avoir des conséquences en cascade. La question dépasse désormais le simple cadre de la protection des troupeaux pour interroger la manière dont l’homme intervient sur les écosystèmes.