Le gouvernement américain a annoncé vendredi 10 juillet une modification majeure de la réglementation sur les espèces menacées, retirant la protection des habitats considérés comme essentiels à la survie de la faune sauvage. Cette décision restreint la définition du terme « préjudice » (harm) dans le cadre de l'Endangered Species Act (ESA), qui pendant cinquante ans incluait la dégradation ou la modification de l'habitat comme une forme de nuisance.

Désormais, seules les actions causant directement des blessures ou la mort d'individus d'une espèce listée seront considérées comme préjudiciables. Cette interprétation plus étroite permet à l'Agence de protection de l'environnement (EPA) d'approuver des projets d'exploitation forestière, minière et pétrolière sur des territoires auparavant jugés trop sensibles pour la faune.

Justification officielle

Dans un communiqué, le secrétaire à l'Intérieur Doug Burgum a justifié ce changement en affirmant que l'ancienne règle avait été utilisée de manière abusive par les agences fédérales, entravant l'utilisation légale des terres et imposant des charges aux familles et aux entreprises américaines. « Cette approche a transformé une activité de routine en un piège réglementaire, a fait grimper les coûts qui ont affecté la vie des gens et a étendu l'autorité fédérale au-delà de ce que le Congrès avait prévu », a-t-il déclaré. Il a ajouté que la mesure rétablit le bon sens, respecte la propriété privée et offre une certitude aux propriétaires fonciers tout en suivant le texte de loi adopté par le Congrès.

R éactions des associations environnementales

Des organisations de défense de la nature ont immédiatement dénoncé cette décision. Earthjustice, une association juridique spécialisée dans les questions environnementales, a annoncé son intention de contester la nouvelle règle devant les tribunaux. Kristen Boyles, avocate pour Earthjustice, a estimé qu'il s'agit d'une première dans l'histoire des États-Unis : un gouvernement affirme que les espèces protégées par l'ESA ne devraient pas être à l'abri des modifications de leur habitat qui détruisent les lieux où elles vivent, élèvent leurs petits ou cherchent leur nourriture. « Il n'y a aucun soutien à la règle de l'administration Trump – aucun soutien scientifique, aucun soutien juridique, aucun soutien public », a-t-elle martelé, ajoutant que son organisation portera l'affaire en justice.

Implications pour la biodiversité

L'Endangered Species Act, promulguée en 1973, a joué un rôle crucial dans la sauvegarde de la biodiversité aux États-Unis. Les experts en conservation soulignent que cette loi a permis de sauver de l'extinction des espèces emblématiques telles que la grue blanche, le pygargue à tête blanche et le loup gris. La suppression de la protection des habitats critiques pourrait compromettre ces acquis en exposant les zones de reproduction, d'alimentation et de nidification à des activités industrielles lourdes.

Prochaines étapes

La nouvelle réglementation entre en vigueur immédiatement après sa publication, mais les procédures judiciaires annoncées par les groupes environnementaux pourraient retarder son application. Le débat oppose désormais développement économique et conservation de la faune, alors que l'administration estime que la mesure libère les propriétaires fonciers et les entreprises de contraintes excessives, tandis que les critiques y voient un recul historique pour la protection de l'environnement.