La grogne monte parmi les avocats tunisiens. Ces derniers jours, plusieurs centaines de représentants de la profession ont convergé vers le centre de Tunis pour protester contre ce qu'ils estiment être un affaiblissement délibéré de l'État de droit. Brandissant des pancartes et scandant des slogans, ils ont dénoncé la mainmise de l'exécutif sur le fonctionnement de la justice.
Un cri d'alarme sur l'indépendance judiciaire
« Il n’y a plus de neutralité… Plus de justice en fait », a lancé l'un des manifestants, résumant le sentiment partagé par une large partie de la corporation. Les avocats pointent du doigt une série de décisions et de nominations qui, selon eux, videraient de leur substance les principes fondamentaux d'impartialité et de séparation des pouvoirs. Certains intervenants ont qualifié la situation de « simulacre de justice », estimant que les magistrats sont désormais soumis à des pressions politiques.
Le mouvement de contestation s'inscrit dans un climat de tensions récurrentes entre le pouvoir en place et les corps intermédiaires, notamment la magistrature et le barreau. Les syndicats d'avocats dénoncent régulièrement des ingérences dans les affaires judiciaires, ainsi que des arrestations de confrères qu'ils jugent arbitraires.
Un conflit de longue date
Cette mobilisation n'est pas un événement isolé. Elle s'inscrit dans une séquence de plusieurs mois durant laquelle les relations entre le gouvernement et les professions juridiques se sont dégradées. Les avocats réclament le respect des procédures légales et la garantie d'un procès équitable pour tous, y compris pour les opposants politiques. Ils estiment que l'instrumentalisation de la justice à des fins de répression s'est accentuée.
Le président de l'Ordre national des avocats a pris la parole pour rappeler que la défense des droits de la défense est une mission constitutionnelle. Il a appelé à une « résistance pacifique » contre ce qu'il perçoit comme un recul autoritaire. Aucune réponse officielle de la présidence ou du ministère de la Justice n'a pour l'instant été rapportée.
Un symbole fort dans la région
La Tunisie, berceau du Printemps arabe en 2011, est souvent présentée comme un modèle démocratique dans le monde arabe. Cette contestation judiciaire intervient dans un contexte où plusieurs observateurs s'inquiètent d'un retour à un régime plus vertical. Les manifestations d'avocats rappellent celles observées dans d'autres capitales de la région, où la profession s'érige en rempart contre les dérives autoritaires.
Les prochains jours devraient être marqués par de nouvelles actions, les avocats ayant promis de poursuivre leur mouvement jusqu'à obtenir des garanties sur l'indépendance de la justice. La communauté internationale suit de près ces développements, alors que le pays cherche à consolider ses institutions.