L'artiste visuelle et autrice Jess Harwood a publié une charge sévère contre ce qu'elle nomme l'« art » produit par intelligence artificielle (IA). Dans un texte diffusé cette semaine, elle exprime sa colère face à des œuvres qu'elle juge ennuyeuses, sans âme et issues d'un vol pur et simple du travail des créateurs humains.

« Quand je vois des images, de la musique ou des textes générés par IA présentés comme de l'art, je vois rouge », écrit-elle. Selon elle, ces productions sont « ennuyeuses, voleuses, sans âme, stériles », et contribuent à la destruction de la planète en raison de la consommation d'énergie et d'eau des centres de données nécessaires à leur fonctionnement.

Une distinction nécessaire

Jess Harwood remet en cause la nature même de ces créations. Elle se demande qui est le véritable auteur : « La machine ? La personne qui a écrit le prompt ? Le technicien qui a construit l'IA en aspirant le savoir-faire et la création artistique humaine pour générer l'“art” ? » Pour elle, l'écart est fondamental avec la pratique traditionnelle, qu'elle illustre par son propre travail : « Je dessine à l'ancienne – avec ma main. Utiliser l'IA pour cela ne me rendrait pas plus créative ; cela viderait la couleur de mon existence. »

Un parallèle avec la musique

L'artiste raconte une expérience récente : elle s'est rendue seule à un concert du groupe Split Enz, dont les chansons, écrites bien avant l'avènement de l'IA, évoquent selon elle des expériences humaines authentiques. Elle confie son soulagement de ne pas avoir à se demander si le groupe avait utilisé l'IA dans ses œuvres, une interrogation qui, dit-elle, l'accompagne désormais souvent.

Une proposition de renommage

Jess Harwood rapporte qu'une suggestion a été faite pour qualifier les images dites « artistiques » produites par ordinateur de « Computer Rendered Artificial Pictures », soit l'acronyme CRAP, qui signifie en anglais « camelote » ou « imbécilité » – un jeu de mots visant à souligner le manque de valeur artistique de ces productions.

Un débat qui s'intensifie

Cette prise de position s'inscrit dans un débat plus large sur la place de l'IA dans les secteurs créatifs. De nombreux artistes, auteurs et musiciens s'inquiètent de l'utilisation non autorisée de leurs œuvres pour entraîner les modèles d'IA, ainsi que de la concurrence déloyale que ces outils peuvent représenter. Certains festivals et institutions culturelles commencent à se saisir de la question, tandis que des voix s'élèvent pour exiger une régulation plus stricte.

Pour Jess Harwood, l'enjeu dépasse la simple technique : il touche à la définition même de l'art et à la place de l'humain dans la création. Son cri d'alarme rejoint celui de nombreux créateurs qui voient dans l'IA une menace pour leur métier et pour la diversité culturelle.