Le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a vigoureusement rejeté les allégations faisant état d’une « corruption généralisée » au sein de l’exécutif et du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE). Cette mise au point intervient alors que la justice vient de prononcer une lourde peine contre l’un de ses plus proches collaborateurs.
S’exprimant au sortir d’une réunion du conseil des ministres, le chef de l’exécutif a qualifié de « totalement infondées » les accusations qui, selon lui, visent à jeter le discrédit sur l’ensemble de son action gouvernementale. « Il n’y a ni corruption systémique ni tolérance de celle-ci dans ce gouvernement ou dans ce parti », a-t-il affirmé avec force.
Cette déclaration fait suite à la condamnation, prononcée le 22 juin, de celui qui fut son bras droit pendant plusieurs années. L’ancien secrétaire à l’Organisation du PSOE, également ex-responsable des campagnes électorales, a été reconnu coupable de corruption passive, de détournement de fonds publics et de trafic d’influence dans le cadre du dossier dit « des contrats frauduleux ». La cour a requis une peine de vingt-quatre années de réclusion, assortie d’une interdiction d’exercer toute fonction publique pendant une durée équivalente.
Les juges ont estimé que le prévenu avait mis en place un système de surfacturation et de favoritisme au bénéfice d’entreprises proches du parti, en échange de commissions occultes. Le montant total des sommes détournées est estimé à plusieurs millions d’euros, prélevés sur des marchés publics liés à des infrastructures régionales.
Une affaire qui ébranle la majorité
Bien que Pedro Sánchez ait toujours nié toute implication personnelle, cette condamnation fragilise la majorité parlementaire et relance les critiques de l’opposition. La droite conservatrice et les formations libérales réclament la comparution du chef du gouvernement devant une commission d’enquête parlementaire. « Les Espagnols ont le droit de savoir si le président était au courant des agissements de son plus proche collaborateur », a déclaré le porte-parole du principal parti d’opposition.
De son côté, le PSOE s’efforce de limiter les dégâts politiques en soulignant que la justice a tranché pour une affaire individuelle, et non pour un système. « Personne n’est au-dessus des lois, et ce jugement le démontre », a commenté un dirigeant socialiste sous couvert d’anonymat.
Un contexte politique tendu
Cette affaire intervient dans un climat politique déjà très polarisé, marqué par des tensions sur la question catalane et des dissensions au sein de la coalition gouvernementale. Les partis indépendantistes, partenaires clefs de Sánchez au Parlement, observent avec attention les répercussions de ce scandale sur la stabilité de l’exécutif.
Plusieurs observateurs estiment que la stratégie de communication du gouvernement consiste à dissocier totalement la responsabilité individuelle du condamné de la gestion collective du parti. Reste à savoir si cette ligne tiendra face aux révélations qui pourraient surgir lors des procès en appel.
Une procédure judiciaire en cours
L’ancien haut responsable dispose d’un délai pour faire appel de sa condamnation devant la Cour suprême. Ses avocats ont déjà annoncé leur intention de contester le jugement, qu’ils jugent « disproportionné » et fondé sur des « preuves indirectes ». Parallèlement, une instruction distincte est ouverte concernant d’éventuels financements occultes du PSOE via des sociétés écrans, sans que cela n’implique, pour l’heure, le nom de Pedro Sánchez.