Pour la première fois, les agences de renseignement de cinq pays membres de l’alliance Five Eyes ont diffusé un avertissement commun détaillant les méthodes employées par des officiers du renseignement militaire chinois pour approcher des détenteurs d’informations sensibles. Le bulletin intitulé « Safeguarding Our Secrets », publié au début du mois de juin, rassemble les signatures de l’ASIO australienne, du Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS), du Federal Bureau of Investigation (FBI) américain, du MI5 britannique et du New Zealand Security Intelligence Service (NZSIS).
Des profils de recruteurs fictifs sur les plateformes d’emploi
Selon ce document, des agents chinois se font passer pour des recruteurs sur des sites comme LinkedIn, Indeed et Upwork. Ils publient des offres d’emploi pour des postes d’analystes en politique étrangère ou en défense, des annonces en apparence banales. Les curriculum vitæ reçus sont ensuite triés en fonction de la probabilité que leur auteur ait accès à des informations classifiées.
Après un premier entretien vidéo où l’identité du recruteur reste cachée, les candidats sont interrogés sur leur rôle, leur unité, leur base d’affectation ou leur navire. Un militaire peut ainsi divulguer sans le savoir des détails opérationnels. Les recruteurs demandent d’abord un rapport d’essai sur des sujets généraux – relations bilatérales de la Chine, région Indo-Pacifique, commerce international –, puis ils orientent l’échange vers des sujets plus sensibles et proposent de passer à une messagerie chiffrée.
Des rémunérations attractives pour des données à risque
Les sommes promises sont substantielles : de quelques centaines à plusieurs milliers de dollars par rapport, versés via PayPal, Western Union ou des cryptomonnaies. La fourchette basse se situe entre 460 et 920 euros environ au taux de change courant. En échange, les informateurs fournissent des renseignements militaires, politiques ou économiques qui peuvent donner à Pékin un avantage stratégique, alerte le MI5.
Le bulletin souligne que ces fuites mettent en danger des militaires déployés sur le terrain et entraînent des conséquences lourdes pour les personnes impliquées : perte d’emploi, révocation d’habilitation de sécurité et parfois poursuites pénales. Des cas de traductions en justice ont déjà eu lieu.
Une cible élargie au-delà des militaires
Si les forces armées sont la cible principale, des journalistes, des universitaires et des fonctionnaires ayant accès à des informations sensibles sont également approchés. Le document des Five Eyes vise à sensibiliser ces catégories professionnelles aux risques. Il s’agit du premier avertissement public conjoint de ce type, destiné à contrer une menace que les agences considèrent comme croissante et structurée.
Les autorités recommandent la plus grande prudence face à des offres d’emploi trop alléchantes ou à des demandes d’informations confidentielles, et incitent toute personne contactée dans ces circonstances à signaler l’incident à son service de sécurité national.