Le 28 mai, un incident majeur a frappé la société Blue Origin : l’un de ses lanceurs New Glenn, positionné sur l’aire de lancement de la base de Cape Canaveral, en Floride, a explosé lors d’un essai des moteurs, provoquant un incendie qui a gravement endommagé les installations. Cet accident survient au moment où le géant spatial privé, fondé par Jeff Bezos, devait jouer un rôle clé dans les ambitions lunaires de la Nasa.
Le directeur général de Blue Origin, Dave Limp, a estimé qu’un nouveau tir pourrait intervenir avant la fin de l’année, une fois le pas de tir réparé. D’autres observateurs jugent toutefois plus réaliste un arrêt d’au moins un an pour l’entreprise, ce qui compromet sérieusement le calendrier du programme Artemis. La Nasa vise un retour d’astronautes à la surface de la Lune d’ici la fin 2028, mais les marges de manœuvre sont désormais très réduites.
Un contrat d’atterrisseur lunaire fragilisé
Blue Origin est, avec SpaceX, l’un des deux opérateurs retenus par la Nasa pour concevoir un atterrisseur capable de transporter des astronautes depuis l’orbite lunaire jusqu’au sol. En 2023, l’agence lui avait attribué un contrat de 3,4 milliards de dollars pour son engin Blue Moon. À l’époque, il était prévu que cet atterrisseur ne soit utilisé qu’à partir de la troisième mission de débarquement, les deux premières étant confiées à SpaceX et à son vaisseau Starship.
Mais les retards à répétition du Starship – et plusieurs explosions lors de ses tests – ont fait glisser les échéances. En février, l’administrateur de la Nasa, Jared Isaacman, a réorganisé les missions Artemis : la prochaine, Artemis III, ne tentera pas un alunissage mais restera en orbite terrestre pour un vol d’essai. Les astronautes à bord de la capsule Orion devaient y répéter les manœuvres d’arrimage avec les atterrisseurs de SpaceX et Blue Origin. Or, avec l’explosion de New Glenn, la participation de Blue Origin à cet essai comme aux missions suivantes (Artemis IV et V) est devenue incertaine.
D’autres options sur la table
Dès octobre 2025, l’ancien administrateur par intérim Sean Duffy avait évoqué la possibilité d’élargir la compétition pour l’atterrisseur lunaire. « Je suis en train d’ouvrir ce contrat », avait-il déclaré, laissant entendre que d’autres sociétés pourraient être sollicitées. La Nasa a depuis demandé à SpaceX et Blue Origin de proposer des approches plus rapides et simplifiées pour un premier alunissage. Jared Isaacman, qui a pris ses fonctions en décembre, jugeait toutefois irréaliste qu’un nouvel atterrisseur puisse être conçu en moins de trois ans.
Lockheed Martin, qui préparait une proposition, a indiqué avoir poursuivi le développement d’un atterrisseur lunaire. « À la lumière des événements récents, nos évaluations montrent que c’est le moyen le plus rapide de ramener des Américains à la surface de la Lune et de les ramener en sécurité », a déclaré l’entreprise dans un communiqué, ajoutant que son concept pourrait aussi servir de véhicule de secours en surface lunaire.
Conséquences sur d’autres contrats
L’explosion affecte également d’autres volets du programme Artemis. Deux semaines avant l’accident, la Nasa avait confié à Blue Origin un contrat pour transporter vers la Lune deux rovers destinés aux missions Artemis IV et V. Ces engins devaient être acheminés par une version cargo plus petite de l’atterrisseur Blue Moon (Mark 1), dont le premier vol d’essai était prévu plus tard dans l’année pour valider les technologies essentielles. Ce vol est désormais repoussé sine die, tant que Blue Origin ne pourra pas relancer ses lancements New Glenn.
L’avenir du retour sur la Lune semble donc suspendu à la capacité de l’entreprise à rebondir rapidement, alors que la Nasa doit composer avec un calendrier déjà très serré et des alternatives encore immatures.