Les autorités du Bengale-Occidental ont procédé à l'expulsion de quelque 4 800 personnes soupçonnées d'être des ressortissants bangladais en situation irrégulière, a indiqué le ministre en chef de l'État, Suvendu Adhikari. Selon ses déclarations, environ 836 autres personnes sont toujours détenues en attendant une vérification de leur identité. Cette opération intervient quelques semaines seulement après la victoire écrasante du Bharatiya Janata Party (BJP) lors des élections régionales, marquant la première mise en œuvre concrète de son engagement électoral visant à « détecter, supprimer et expulser » les migrants sans papiers.

Le gouvernement indien a ordonné aux districts de créer des centres de rétention provisoires destinés aux ressortissants bangladais non documentés ainsi qu'aux membres de la minorité ethnique rohingya, en attente de vérification et de renvoi. Le ministre de l'Intérieur, Amit Shah, a affirmé que l'exécutif avait décidé de « stopper l'infiltration » et de « trouver chaque infiltré et de les renvoyer du pays ». Il a également promis de rendre les frontières avec le Bangladesh et le Pakistan « impénétrables » afin de contrer ce qu'il a qualifié de « conspiration visant à changer la démographie du pays ».

Une promesse électorale mise en œuvre

L'immigration illégale en provenance du Bangladesh voisin constitue depuis longtemps un thème politique mobilisateur pour le parti nationaliste hindou du Premier ministre Narendra Modi. Les dirigeants du BJP estiment que des décennies de migration non contrôlée ont modifié les équilibres démographiques, faussé les listes électorales, mis sous tension les ressources sociales et créé des risques sécuritaires. Plus de la moitié des 4 000 kilomètres de frontière entre l'Inde et le Bangladesh traversent le Bengale-Occidental. Pendant des années, les responsables du BJP ont accusé le précédent gouvernement du Tout India Trinamool Congress (TMC) de fermer les yeux sur cette immigration illégale pour des gains électoraux.

La victoire du BJP au Bengale-Occidental a donné à la formation le contrôle du dernier grand tronçon frontalier entre l'Inde et le Bangladesh qui n'était pas encore sous administration du parti, créant ainsi une occasion de transformer une campagne politique de longue date en politique gouvernementale.

Inquiétudes des habitants et critiques de l'opposition

Dans les districts frontaliers, des résidents expriment leur crainte de devoir un jour prouver leur citoyenneté. « Mes parents sont nés ici, mes grands-parents sont nés ici, et pourtant les gens ont peur de devoir un jour le prouver », a témoigné Nasreen Begum, une femme au foyer du district de North 24 Parganas. « Cette incertitude est ce qui préoccupe le plus les gens. »

La députée du TMC Sagarika Ghose a estimé que les expulsions ne devaient pas être « otages de la politique communautaire ». Elle a insisté sur la nécessité de suivre des procédures appropriées et de procéder à des vérifications, ajoutant que « les droits des citoyens, avant tout, doivent être respectés ». « Le processus doit être légal et non politique », a-t-elle déclaré. Les critiques affirment que l'immigration est devenue un outil électoral puissant dans un État où les questions d'identité, de citoyenneté et d'appartenance façonnent la vie politique depuis des décennies.

Tensions diplomatiques avec le Bangladesh

De l'autre côté de la frontière, le Bangladesh a exprimé son opposition à ce qu'il considère comme des tentatives de repousser des personnes sans avoir achevé la procédure de vérification. Le ministère bangladais des Affaires étrangères a fait part de ses objections, estimant que des individus étaient refoulés sans que leur nationalité soit dûment établie. Ces expulsions massives risquent d'aggraver les relations entre les deux voisins, déjà marquées par des différends sur la gestion des flux migratoires et la sécurisation de la frontière.

Le gouvernement indien, quant à lui, se félicite de l'opération comme d'une avancée dans la lutte contre l'immigration clandestine, tandis que les défenseurs des droits humains s'inquiètent de possibles violations, notamment en l'absence de vérifications rigoureuses et de garanties juridiques pour les personnes expulsées.