Un débat s'ouvre aux États-Unis sur la meilleure manière de réguler la puissance des entreprises d'intelligence artificielle. Le sénateur Bernie Sanders a récemment soumis une proposition visant à créer un fonds souverain américain par le biais d'une prise de participation de 50 % dans le capital des groupes développant l'IA. Cette initiative, jugée « radicale » par ses auteurs, est commentée par deux experts, Nathan E. Sanders et Bruce Schneier, qui la jugent certes utile, mais estiment qu'une autre voie serait plus efficace.

« Personne ne peut accuser Bernie Sanders d'esquiver les grandes questions », écrivent les deux chercheurs dans une tribune publiée le 8 juin. Ils relèvent que le sénateur s'interroge sur le point de savoir si « l'avenir de l'humanité sera déterminé par une poignée de milliardaires qui ont promu et développé l'IA, sans aucun apport démocratique ». Nathan E. Sanders et Bruce Schneier partagent ce constat : dans leur ouvrage Rewiring Democracy (Reconfigurer la démocratie), ils analysent les impacts de l'IA sur les régimes démocratiques et concluent que « le risque le plus urgent posé par l'IA est la concentration du pouvoir, de la richesse et du contrôle entre les mains des oligarques de la tech ».

Les deux auteurs ne s'opposent pas frontalement au projet de fonds souverain. Ils indiquent ne pas « s'opposer catégoriquement à la prise d'actions des entreprises d'IA, ni à la création d'un fonds souverain américain ». Cependant, ils estiment qu'il existe « de meilleures façons d'atteindre les objectifs du sénateur ». Leur proposition alternative, qu'ils détaillent dans la tribune, repose sur un mécanisme de taxation directe.

« La taxation de l'énergie est un moyen simple de faire payer aux entreprises d'IA les perturbations sociales causées par leurs technologies », affirment-ils. L'argument central est que l'empreinte énergétique massive des data centers et des modèles d'intelligence artificielle constitue un levier fiscal à la fois juste et difficile à contourner. En imposant une taxe sur la consommation d'énergie liée à l'IA, l'État pourrait capter une partie des bénéfices colossaux du secteur sans entrer dans le capital des entreprises, ni risquer de peser sur leur gestion quotidienne.

Cette approche, selon Nathan E. Sanders et Bruce Schneier, présenterait l'avantage de la simplicité administrative et de l'efficacité économique. Plutôt que de négocier des prises de participation complexes, qui pourraient se heurter à des obstacles juridiques et politiques, une taxe énergétique pourrait être mise en œuvre plus rapidement. Elle permettrait également de financer des programmes de redistribution ou d'investissement public sans exposer l'État aux fluctuations boursières des entreprises technologiques.

Le débat illustre une difficulté centrale dans la régulation du secteur de l'IA. D'un côté, la proposition de Bernie Sanders reflète une volonté de démocratiser le contrôle d'une technologie jugée aussi stratégique que les infrastructures publiques. De l'autre, la contre-proposition des deux chercheurs met en avant les risques d'une participation étatique dans des entreprises privées : difficulté de valorisation, conflits d'intérêts potentiels, ou encore lenteur des processus politiques face à l'évolution rapide du secteur.

Les auteurs concluent que l'urgence est de trouver des mécanismes de régulation capables de répondre à la concentration des richesses. Ils estiment que la solution de taxation de l'énergie répond à cet impératif avec plus de pragmatisme et de célérité qu'un fonds souverain. Si le débat reste ouvert, il montre que la question du partage des bénéfices de l'intelligence artificielle et de son contrôle démocratique est désormais au cœur des préoccupations politiques américaines.

Le sénateur Sanders n'a pas encore commenté publiquement cette proposition alternative. L'initiative du fonds souverain, quant à elle, continue de faire l'objet de discussions dans les cercles politiques et économiques américains. La réflexion sur les moyens de réguler l'IA et d'en répartir les fruits devrait s'intensifier dans les mois à venir.