Le nouveau film de Danielle Arbid, « Seuls les rebelles », raconte une histoire d'amour entre une femme d'un certain âge et un homme qui s'apprête à fêter ses trente ans. Interprétés par Hiam Abbass et Amine Benrachid, les deux protagonistes vivent leur relation dans un Beyrouth pourtant absent de la plupart des prises de vues réelles. La cinéaste a en effet opté pour une méthode singulière : faire exister à l'écran un espace qu'elle juge aujourd'hui « impossible à filmer ».

Un tournage en France pour des raisons de sécurité La capitale libanaise traverse une période marquée par des tensions et des difficultés économiques qui rendent les conditions de tournage complexes. Danielle Arbid a ainsi expliqué son choix de reconstituer les décors beyrouthins dans un studio en région parisienne. Cette décision, dictée par des impératifs de sécurité mais aussi par la volonté de contrôler l'environnement visuel, lui a permis de mettre en scène une ville intérieure, recomposée à partir de fragments de mémoire et d'imaginaire. La réalisatrice assume cette approche comme une manière de « faire exister un pays impossible à filmer », selon ses propres termes.

Un récit intime et politique Loin d'un simple décor, Beyrouth devient un personnage à part entière dans ce récit qui mêle l'intime et le collectif. Danielle Arbid, née au Liban et installée en France, puise dans son propre rapport à la ville et à l'exil. Cette romance entre une femme mûre et un homme plus jeune se déroule dans un contexte où la guerre et la crise économique affleurent en permanence. Hiam Abbass, actrice palestinienne internationalement reconnue, et Amine Benrachid, comédien français d'origine marocaine, incarnent ce couple que rien ne semblait destiner à s'aimer. Leur histoire, située dans un Beyrouth à la fois réel et fantasmé, explore les thèmes de la résistance, de la résilience et de la passion.

Un pari esthétique assumé En choisissant de ne pas filmer sur place, la réalisatrice s'éloigne du documentaire pour embrasser une esthétique plus construite, presque onirique. Les décors reconstitués permettent de suggérer Beyrouth sans jamais tomber dans le pittoresque ou le reportage. Cette approche offre une liberté de mise en scène et une intensité dramatique accrues. Danielle Arbid estime que la vérité du film ne réside pas dans l'authenticité des lieux, mais dans celle des émotions et des relations. Le résultat est une œuvre qui interroge la manière dont on peut filmer un territoire marqué par les conflits sans en réduire la complexité.

Un regard sur l'absence et la mémoire « Seuls les rebelles » porte également une réflexion sur le déracinement et la reconstruction identitaire. En important Beyrouth dans un studio français, la cinéaste opère un geste de transplantation qui fait écho à sa propre trajectoire d'exilée. Le film devient ainsi une métaphore de la mémoire qui se déploie là où elle se trouve, loin du sol natal. Les interprètes, eux-mêmes issus de diasporas, portent cette dimension dans leur jeu. L'œuvre, attendue en salles dans les prochaines semaines, suscite déjà la curiosité pour cette audace formelle et cette manière de faire exister un pays par la seule force du cinéma.