Alors que la 80e édition du Festival d'Avignon bat son plein, le tumulte des planches est doublé d’une colère sociale inédite. Depuis début juillet, l’annonce de nouvelles coupes budgétaires gouvernementales a provoqué une onde de choc dans le milieu du spectacle vivant, transformant la cité des papes en théâtre de la protestation.

Le 16 juillet, une agora improvisée sur le parvis du Palais des Papes a réuni plusieurs centaines d’artistes, techniciens et intermittents. Objectif : organiser la riposte face à des mesures jugées « violentes » par les syndicats. Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT-Spectacle, a résumé l’état d’esprit : « Il suffit d’une étincelle pour que ça parte ». Le syndicaliste Maxime Séchaud, présent à ses côtés, a insisté sur l’urgence de maintenir la pression.

Cette mobilisation fait suite à une lettre ouverte adressée au président de la République, signée par de nombreux artistes présents à Avignon. Dans ce texte, ils dénoncent des « coupes budgétaires qui nous obligent à crier, tant il y a urgence ». Le secteur redoute un effondrement du service public de la culture, déjà fragilisé par des années de restrictions.

Une programmation inédite portée par les femmes

Pourtant, la scène avignonnaise n’a jamais semblé aussi vivante. Pour la première fois dans l’histoire du Festival In, la majorité des pièces sont mises en scène par des femmes. Parmi elles, Rebecca Chaillon présente « La parabole du Seum », une œuvre qui mêle grossophobie et discriminations, interrogeant le corps comme espace de lutte et de résistance. « Le théâtre permet de dire l’indicible », confie-t-elle lors d’un entretien.

Côté Off, la diversité est aussi au rendez-vous. Plusieurs spectacles se démarquent, comme « La Guerre des émeus », « Ubu roi », « Olympe(s) » et « Ma nuit à Beyrouth ». La comédienne Marie-Sophie Ferdane, qui joue dans plusieurs pièces, rappelle que « le théâtre n’est pas un art solitaire », soulignant la force du collectif en ces temps incertains.

Un équilibre fragile

Mais l’enthousiasme artistique cohabite avec une inquiétude profonde. Certains observateurs jugent la programmation inégale, et la menace budgétaire plane sur l’avenir des compagnies. Le Festival d’Avignon, habituellement vitrine de la création, devient aussi le symbole d’une profession en souffrance. Les intermittents, premiers concernés, multiplient les actions : assemblées générales, rassemblements, débats.

Alors que la dernière ligne droite du festival approche, la question demeure : jusqu’où ira la mobilisation ? Une chose est sûre : en 2026, Avignon n’est pas seulement le lieu de toutes les audaces scéniques, mais aussi celui d’une prise de parole politique déterminée.