Alors que le département de l'Aude connaît un nouvel épisode de feux dévastateurs, la question des moyens aériens de lutte contre les incendies de forêt revient au premier plan. La flotte française de Canadair, composée de douze appareils CL-415, affiche un âge moyen supérieur à trente ans, et sa disponibilité opérationnelle souffre des opérations de maintenance. Durant l'été 2025, le mégafeu qui a ravagé le département – le plus important en France depuis 1949 – a mobilisé l'ensemble des ressources disponibles sans parvenir à contenir un front dont la progression atteignait plus de 2 000 hectares par heure.
Outre les Canadair, les moyens aériens de la sécurité civile comprennent des Dash 8, principalement dédiés au largage de retardant, des Beechcraft pour la reconnaissance et la coordination, ainsi que des hélicoptères Dragon intervenant pour les secours et les attaques initiales. Mais les contraintes de maintenance et la vétusté des bombardiers d'eau principaux ont conduit les autorités à arbitrer entre plusieurs demandes simultanées, comme cela s'est produit entre l'Aude et les Bouches-du-Rhône.
Des commandes groupées mais une livraison lointaine
Face à l'aggravation du risque, la France a rejoint le mécanisme de protection civile de l'Union européenne baptisé RescEU. Dans ce cadre, six États membres – France, Espagne, Italie, Grèce, Portugal et Croatie – ont commandé 22 exemplaires du DHC-515, la nouvelle génération de Canadair produite par le constructeur De Havilland. L'Union européenne finance l'acquisition des appareils eux-mêmes, tandis que la TVA à l'importation, les droits de douane ainsi que le premier lot de pièces de rechange et d'équipements – dont le coût est estimé entre 13 et 35 millions d'euros par appareil – restent à la charge de chaque État. Les premiers exemplaires destinés à la France ne seront toutefois livrés qu'à partir de 2028, laissant le pays dans une situation d'attente délicate.
En attendant, le maintien en condition opérationnelle des CL-415 existants devient crucial. Un rapport parlementaire avait déjà pointé, en pleine saison des incendies, la vétusté des avions basés à Nîmes-Garons. Le mégafeu audois de 2025 a confirmé les craintes : les incendies ne relèvent plus de l'exceptionnel mais deviennent un risque courant, exigeant une disponibilité maximale des flottes.
Une alternative française en développement
Parallèlement, un projet de bombardier d'eau conçu en France cherche à émerger comme une alternative aux appareils canadiens. Présenté comme capable d'opérer en complément ou en concurrence des Canadair, cet appareil national pourrait à terme offrir une solution de renouvellement plus rapide et indépendante des chaînes d'approvisionnement étrangères. Toutefois, les sources disponibles ne précisent ni le calendrier de développement ni les éventuelles commandes publiques.
L'ensemble des acteurs de la sécurité civile s'accorde sur un point : il est urgent d'investir dans les moyens aériens et terrestres pour faire face à des feux de forêt dont la fréquence et l'intensité ne cessent de croître sous l'effet du réchauffement climatique. Le renouvellement de la flotte, bien qu'engagé, ne portera ses fruits que dans plusieurs années, laissant la France et ses voisins méditerranéens gérer un équilibre périlleux entre vieillissement des équipements et multiplication des sinistres.