Le gouvernement franchit une nouvelle étape dans la régulation des services d'urgence. La ministre de la Santé, Stéphanie Rist, a annoncé vendredi 5 juin que le filtrage de l'accès aux urgences par le 15 serait étendu à une centaine d'hôpitaux à compter de l'automne. Cette mesure, qui vise à lutter contre l'engorgement chronique de ces services, marque un changement d'échelle par rapport aux expérimentations ponctuelles menées jusqu'à présent.
Un dispositif élargi et pérennisé
Jusque-là, la régulation des entrées aux urgences via le 15 était activée de façon temporaire, principalement lors des périodes de forte affluence hivernale ou estivale, et selon des décisions locales. La ministre souhaite désormais en faire un outil préventif et plus systématique. Les Agences régionales de santé (ARS) seront chargées de dresser la liste des hôpitaux concernés, tandis que les modalités concrètes d'application seront définies au niveau local.
« Il faut que la régulation soit déclenchée avant que les équipes ne soient en souffrance », a insisté Stéphanie Rist, ajoutant : « Là où cette régulation pourra être pérennisée après le prochain hiver, il faudra qu'elle le soit. » Elle a également précisé qu'en cas de filtrage, « une présence humaine » serait maintenue à l'entrée des urgences.
Une baisse attendue de 20 % des passages
Selon les données avancées par la ministre, la régulation par le 15 permettrait de réduire de 20 % le nombre de passages aux urgences « sans aucunement dégrader l'accès aux soins ». L'idée centrale est d'orienter les patients dont l'état ne nécessite pas une prise en charge hospitalière immédiate vers la médecine de ville, afin de désengorger les services et de libérer du temps pour les cas les plus graves.
Parallèlement, le gouvernement entend généraliser la réorientation des patients dès leur arrivée aux urgences vers des structures de soins primaires lorsque cela est possible. Cette mesure s'inscrit dans une stratégie plus large de refonte de l'accès aux soins non programmés.
Un été sous tension et des défis persistants
Dans les services, les urgentistes redoutent un nouvel été sous tension, avec un niveau d'affluence comparable à celui de l'année précédente. Leur principale préoccupation reste le manque de lits d'hospitalisation en aval, qui entraîne un allongement de la durée de séjour des patients aux urgences et bloque les admissions.
Pour répondre à ces difficultés structurelles, la ministre attend les conclusions d'une mission dédiée à ce sujet pour la mi-juillet. Elle souhaite notamment développer l'admission directe à l'hôpital pour les patients âgés et polypathologiques provenant des EHPAD, et mieux identifier les « usagers fréquents » afin d'éviter des passages répétés aux urgences.
Vers une généralisation progressive
L'extension du filtrage par le 15 s'inscrit dans un mouvement de fond visant à repenser l'organisation des urgences en France. Si la mesure est déployée dans une centaine d'établissements cet automne, la ministre n'exclut pas de la pérenniser au-delà, en fonction des retours d'expérience et des besoins identifiés localement. Le dispositif reste toutefois conditionné à une mise en œuvre adaptée à chaque territoire, sous l'égide des ARS.