La décision des autorités française et allemande de mettre un terme au projet d'avion de combat du futur, connu sous l'acronyme SCAF, ne doit pas être interprétée comme une faillite de la collaboration industrielle entre les deux pays. C'est en substance le message délivré par le directeur général de Safran, motoriste hexagonal engagé dans le programme, qui s'est exprimé publiquement sur le sujet.
Le responsable industriel a estimé que l'arrêt du SCAF ne saurait résumer à lui seul l'état des relations franco-allemandes dans le domaine de la défense. Selon lui, ce projet, lancé il y a plusieurs années avec l'ambition de concevoir un chasseur de nouvelle génération, a buté sur des divergences techniques et stratégiques persistantes entre les partenaires. Il a toutefois souligné que de nombreuses autres coopérations bilatérales se poursuivent ou ont abouti avec succès dans le secteur aéronautique et militaire.
Un programme emblématique mais complexe
Lancé en 2017 par les présidents français et allemand, le SCAF visait à remplacer à l'horizon 2040 les Rafale français et les Eurofighter allemands. Le projet associait les groupes industriels Dassault Aviation, Airbus Defence and Space, Thales et Safran. Les discussions butaient notamment sur la répartition des tâches et le partage de la propriété intellectuelle, ainsi que sur les spécifications techniques du démonstrateur. Berlin et Paris n'étaient pas parvenus à s'accorder sur un calendrier commun pour les prochaines étapes de développement.
Le dirigeant de Safran a insisté sur le fait que l'abandon du SCAF n'implique pas une rupture de confiance entre les deux nations. « Il ne faut pas voir ça comme un échec de la coopération franco-allemande », a-t-il déclaré, cité lors de son intervention. Il a rappelé que les entreprises des deux pays continuent de travailler ensemble sur de multiples programmes, notamment dans les domaines des moteurs d'avions civils et des équipements de défense.
Des leçons pour l'avenir
Pour le directeur général de Safran, cette expérience doit servir de leçon pour les futurs projets multilatéraux. Il a plaidé pour une meilleure définition des objectifs et des modalités de partage industriel en amont des lancements. Il a également estimé que la complexité croissante des technologies de défense rend inévitable le recours à des partenariats internationaux, mais que ceux-ci doivent être construits sur des bases plus réalistes.
L'arrêt du SCAF ouvre désormais la voie à des réflexions nationales sur l'avenir de l'aviation de combat. La France pourrait être amenée à développer seule un successeur au Rafale, tandis que l'Allemagne pourrait chercher d'autres alliances, notamment avec des partenaires européens ou américains. Le groupe Safran, fort de son expertise dans les motorisations militaires, se dit prêt à accompagner toute nouvelle orientation, qu'elle soit nationale ou collaborative.
Le dirigeant a conclu en réaffirmant que la capacité industrielle française demeure un atout central pour la souveraineté européenne en matière de défense, même si les chemins empruntés pour y parvenir doivent parfois être révisés.