Le gouvernement français franchit une étape décisive dans l'intégration de l'intelligence artificielle au sein de l'administration. À l'occasion d'un événement consacré à « l'IA dans l'État », organisé à Bercy par David Amiel, ministre de l'Action et des Comptes publics, l'exécutif a présenté un plan global destiné à accélérer le déploiement de l'IA dans les services publics. La mesure phare est la généralisation de « l'Assistant », un outil développé avec la start-up française Mistral AI, à environ un million d'agents disposant d'un accès au réseau interministériel de l'État. Ce chiffre pourrait atteindre 1,1 million en incluant les professeurs des écoles nationales.

Un outil testé auprès de 10 000 agents

Conçu par la direction interministérielle du numérique (Dinum), l'Assistant IA a été expérimenté pendant dix mois auprès de 10 000 agents. L'outil permet de réaliser des tâches transverses telles que la rédaction, la reformulation, la synthèse, la recherche d'informations ou la traduction. Selon les résultats présentés lors d'une réunion avec la presse, l'évaluation a impliqué plusieurs ministères utilisateurs, dont Bercy et le ministère de la Justice, ainsi qu'un consortium de chercheurs associant l'Institut national de recherche en informatique et en automatique (Inria), l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Des résultats jugés encourageants

D'après les données communiquées par le gouvernement, 75 % des agents interrogés estiment que l'outil est utile pour leur métier, 65 % le recommanderaient et 56 % déclarent avoir réduit leur recours à des solutions non souveraines dans le cadre professionnel. Les groupes de discussion auraient également mis en évidence des gains de temps de l'ordre de 12 % sur des tâches de rédaction et jusqu'à 16 % sur des tâches de synthèse documentaire.

Une stratégie au-delà de l'outil

Ce plan ne se limite pas au déploiement technique. L'exécutif entend « reprendre la main » sur les usages de l'IA au sein de l'administration, en limitant le recours aux solutions non souveraines et en formant les agents. Un porte-parole du gouvernement a qualifié cette initiative de « premier plan global pour l'IA dans l'État », incluant à la fois les aspects technologiques, les usages, le dialogue social et l'organisation administrative. L'objectif affiché est d'industrialiser les usages de l'IA et de réinternaliser des compétences numériques jugées critiques.

Une approche prudente vis-à-vis des agents

Le gouvernement insiste sur le fait que l'IA n'est pas destinée à remplacer les agents, mais à leur « faire gagner du temps » sur des tâches répétitives et documentaires. Cette formulation vise à apaiser les inquiétudes des syndicats, qui restent vigilants quant aux effets de l'IA sur les métiers, l'organisation du travail et la qualité du service public. L'IA est ainsi présentée comme un moyen de reprendre du temps administratif plutôt que comme un outil de rupture spectaculaire.