La cinquième édition du Forum économique international de Saint-Pétersbourg (SPIEF) depuis le début du conflit en Ukraine se tient du 3 au 6 juin 2026. Dans les jours précédant l'événement, les médias russes ont relayé l'idée d'un retour des entreprises allemandes à ce rendez-vous économique majeur. L'envoyé spécial du président Vladimir Poutine pour l'investissement et la coopération économique avec les pays étrangers, Kirill Dmitriev, a notamment affirmé que « l'Allemagne envoie une délégation commerciale officielle » à Saint-Pétersbourg pour la première fois depuis plusieurs années.
Cependant, les faits contredisent cette assertion. Aucune représentation officielle de l'Allemagne n'est en réalité présente au forum. Les personnalités allemandes figurant au programme officiel entretiennent des liens très distendus, ou inexistants, avec l'économie allemande actuelle.
Des participants aux attaches allemandes ténues
Parmi les participants, on trouve Thomas Bruch, actionnaire de l'exploitant de chaîne de supermarchés allemand Globus et classé au rang 2 386 de la liste Forbes des milliardaires 2026, avec une fortune estimée à 1,7 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d'euros). Un porte-parole de Globus Holding a toutefois précisé que M. Bruch ne participait pas au forum au nom de la société allemande. Depuis janvier 2025, les magasins russes de l'enseigne ne font plus partie de Globus Holding, qui opère en Allemagne et en République tchèque. À Saint-Pétersbourg, Thomas Bruch représente Hyperglobus, une société qui gère des hypermarchés exclusivement en Russie. Selon son porte-parole, l'objectif de sa présence au SPIEF est de « maintenir des contacts professionnels et d'échanger des points de vue avec des représentants du monde des affaires et des agences gouvernementales ».
Un entrepreneur allemand naturalisé russe
Autre figure allemande présente au forum : Stefan Dürr, dont la carrière est entièrement tournée vers la Russie. À la tête du groupe Ekoniva, l'un des plus grands producteurs de lait du pays, il a débuté en 1989 par un stage dans une exploitation agricole près de Moscou, avant de se lancer dans la culture du sarrasin et du millet en Russie. Selon plusieurs sources, il possède la nationalité russe depuis 2013, en plus de sa nationalité allemande. Stefan Dürr a confié l'an dernier que l'embargo russe sur les produits alimentaires européens, décrété en 2014 en riposte aux sanctions occidentales après l'annexion de la Crimée, avait été l'un des principaux moteurs de la croissance de son entreprise. Il aurait lui-même conseillé au président Poutine d'imposer cette mesure. Un porte-parole d'Ekoniva a confirmé la participation de Stefan Dürr au forum de Saint-Pétersbourg, sans répondre aux questions posées.
Ainsi, la réalité de la présence allemande au SPIEF 2026 se résume à des entrepreneurs individuels dont les activités sont profondément ancrées en Russie et qui n'engagent en rien le tissu économique allemand dans son ensemble.