Au moins onze civils ont péri et des dizaines d'autres ont été blessés lors d'une frappe de drone contre le marché principal d'Abu Zaeima, une localité du centre du Soudan, a rapporté ce samedi 6 juin l'organisation de défense des droits humains Emergency Lawyers. L'ONG, qui documente les violations commises depuis le début du conflit en avril 2023, a précisé que l'attaque est survenue dans une zone contrôlée par les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), dans l'État du Kordofan-Nord. Aucun des deux belligérants — l'armée soudanaise et les FSR — n'a revendiqué la responsabilité de cette frappe.

Ce nouveau drame s'inscrit dans une escalade des frappes aériennes au Soudan. Emergency Lawyers a indiqué que l'attaque d'Abu Zaeima s'est produite moins de vingt-quatre heures après des tirs de drone similaires qui ont visé des villages avoisinants ainsi qu'un véhicule civil. Selon deux témoins cités par l'Agence France-Presse, un autre drone a frappé une station-service plus tard dans la journée à El-Obeid, la capitale du Kordofan-Nord, que les FSR assiègent en partie depuis plusieurs mois. Une source médicale d'un hôpital local a fait état de quatre civils blessés admis dans l'établissement.

Le Kordofan-Nord est devenu un théâtre d'affrontements récurrents entre l'armée régulière et les FSR. Cette région, riche en hydrocarbures et en terres agricoles, constitue un axe stratégique reliant les bastions des FSR dans le Darfour voisin à l'est du pays, contrôlé par l'armée.

L'ONG a condamné avec virulence cette attaque, dénonçant un « mépris flagrant pour la vie humaine et les principes fondamentaux du droit international humanitaire ». Elle a souligné que les pertes civiles répétées ne doivent pas être banalisées et a réclamé la fin de ces frappes, ainsi que la mise en place de poursuites contre leurs auteurs. Les chiffres fournis par Emergency Lawyers sont encore provisoires et pourraient augmenter.

Cette frappe s'ajoute à une série d'attaques meurtrières. Près de soixante-dix personnes ont trouvé la mort dans deux autres frappes de drone la semaine dernière dans les États du Kordofan-Ouest et du Kordofan-Nord, selon Emergency Lawyers et une autorité locale. Les Nations unies estimaient en mai dernier qu'au moins 880 civils avaient été tués par des drones à travers le pays entre janvier et avril.

L'usage des drones s'est intensifié depuis que les FSR ont pris le contrôle d'El-Fasher en octobre 2025, dernier bastion important de l'armée dans l'ouest du Darfour. Depuis cette prise, plus de 300 000 personnes ont fui les zones de première ligne, notamment El-Fasher et certaines parties du Kordofan et du Nil Bleu, selon l'ONU. Alors que le conflit entre dans sa quatrième année, il a déjà fait des dizaines de milliers de morts et contraint près de 13 millions de personnes à se déplacer, produisant selon les Nations unies la plus grave crise de déplacement et de faim au monde.