Depuis le milieu de la semaine dernière, des nuages de fumée épaisse issus de centaines de foyers d'incendie actifs dans le nord-ouest de l'Ontario et dans le Minnesota méridional recouvrent une vaste portion du territoire américain. Les météorologues prévoient que les conditions les plus mauvaises toucheront la région des Grands Lacs jusqu'à dimanche, avant qu'un système dépressionnaire n'apporte une amélioration temporaire lundi.
Une dégradation progressive et étendue
Mercredi 15 juillet, les premiers modèles prévoyaient que le panache de fumée descendrait vers les couches basses de l'atmosphère dans le Midwest, le Nord-Est et la région du Centre-Atlantique. Dès le lendemain, jeudi, la situation s'est aggravée : des villes comme Chicago, Détroit, Cleveland et Minneapolis ont enregistré des indices de qualité de l'air dangereux, tandis que Washington, Philadelphie et New York connaissaient des niveaux encore préoccupants mais moindres. Les autorités ont émis des alertes sanitaires invitant les populations à limiter leurs sorties et à garder fenêtres fermées.
Vendredi, plus de 115 millions d'Américains étaient exposés à un air malsain, avec des pointes à Détroit (indice 281) et à Washington (indice 247). Des images satellites montraient une brume ocre s'étendant jusqu'à la côte Est, tandis que des orages violents prévus samedi dans le Nord-Est pouvaient lessiver une partie des particules fines, mais aussi représenter un risque de crues soudaines.
Évolution du week-end : des éclaircies puis un retour prévu
Samedi 18 juillet, le panache s'est décalé vers le haut Midwest, apportant un répit temporaire au Nord-Est grâce à des pluies et des vents d'est. Toutefois, les prévisionnistes ont averti que la fumée restait présente en altitude et que sa concentration au sol pouvait varier brusquement. « Nous commençons à sentir de l'air plus propre venant de l'est du Canada », a déclaré Richard Bann, météorologue au Centre de prévision météorologique. Mais cette amélioration pourrait être de courte durée : des vents du nord-ouest issus du centre du Canada pourraient pousser une nouvelle vague de fumée vers les Grands Lacs et le Nord-Est en milieu de semaine prochaine.
Dimanche 19 juillet, un nouveau panache s'étendait sur le Wisconsin et le nord de l'Illinois, se dirigeant vers la vallée de l'Ohio. Les alertes à la qualité de l'air restaient en vigueur dans l'ouest et le centre de l'État de New York ainsi que dans l'ouest du Maryland. « Un système assez puissant va arriver dans la région d'ici lundi soir, apportant des pluies généralisées sur les Grands Lacs, ce qui aidera à améliorer la situation », a précisé Frank Pereira, également météorologue au Centre de prévision météorologique.
Une dimension politique inattendue
Parallèlement aux prévisions météorologiques, la question des incendies a pris une tournure diplomatique. Le président américain a menacé vendredi d'imposer des tarifs douaniers au Canada pour compenser les dommages causés par la fumée des feux de forêt sur les villes américaines. Cette menace a été relayée par plusieurs élus républicains, qui accusent le gouvernement canadien de mauvaise gestion forestière. Le Premier ministre Mark Carney n'a pas répondu immédiatement à ces accusations, mais avait auparavant appelé Washington à intensifier ses efforts contre le changement climatique. Le premier ministre de l'Ontario, Doug Ford, a quant à lui critiqué les plaintes des parlementaires américains.
Un phénomène amplifié par le changement climatique
Les scientifiques estiment que la fumée des incendies de forêt est liée à des dizaines de milliers de décès chaque année et que le réchauffement d'origine humaine en est de plus en plus responsable. Alors que plus de 900 feux brûlent actuellement au Canada, dont 191 dans la seule province de l'Ontario, et qu'une douzaine d'incendies actifs ravagent le nord du Minnesota, les autorités ne s'attendent pas à une accalmie rapide. Les évacuations se poursuivent dans les zones les plus menacées.
Recommandations aux populations
Face à la persistance des fumées, les autorités sanitaires conseillent aux résidents des zones touchées de limiter leurs activités extérieures, de porter un masque de type N95 ou équivalent en cas de sortie indispensable, et de surveiller les indices de qualité de l'air en temps réel. Les personnes souffrant de troubles respiratoires ou cardiaques, les enfants et les personnes âgées sont particulièrement vulnérables.