L'Union européenne mise sur un vaste réseau d'infrastructures dédiées à l'intelligence artificielle pour ne pas décrocher dans la compétition mondiale. Le plan, dévoilé par la présidente de la Commission Ursula von der Leyen lors du sommet sur l'IA à Paris en février 2025, prévoit une enveloppe de 20 milliards d'euros destinée à la création de cinq gigafactories. Ces sites doivent fournir la puissance de calcul nécessaire aux entreprises et aux chercheurs européens pour développer des modèles d'IA avancés.

Mais le calendrier initial s'enlise. L'appel à projets européen devait être lancé dans les mois suivant l'annonce ; il a été repoussé à plusieurs reprises et sa publication est désormais attendue pour juillet 2026, soit plus d'un an après les premières promesses. À ce jour, la Commission n'a reçu aucune candidature officielle dans le cadre de cet appel différé, ce qui illustre les difficultés de mise en œuvre.

Un financement très dépendant du privé

Le montage financier repose pour deux tiers sur des investisseurs privés, le tiers restant étant apporté par les États membres et le budget européen. Cette dépendance au secteur privé complique la planification, car les entreprises conditionnent souvent leurs engagements à des garanties réglementaires et à des délais fermes, qui font défaut.

Pourtant, l'intérêt ne manque pas. Quelque 76 consortiums avaient répondu à un premier appel à manifestation d'intérêt, preuve que le tissu industriel et technologique européen est mobilisé. Mais face à l'attente, plusieurs de ces groupes ont décidé de ne pas rester les bras croisés. Ils construisent déjà leurs propres infrastructures de calcul sans attendre les subventions communautaires, quitte à adapter ensuite leurs projets aux futurs critères européens.

Un retard préjudiciable dans la course mondiale

Ce retard intervient alors que les États-Unis et la Chine accélèrent leurs investissements dans les centres de données et les puces spécialisées. L'Europe, qui peine déjà à rattraper son retard en matière de capacités de calcul, voit ses acteurs privés prendre les devants de manière dispersée, au risque de perdre les bénéfices de la mutualisation.

Les autorités européennes justifient les atermoiements par la complexité technique et juridique d'un tel programme : il faut à la fois garantir la sécurité énergétique, la conformité aux normes environnementales et la souveraineté des données. Mais les industriels pressés réclament des décisions rapides pour ne pas rater le train de la prochaine génération d'IA.

En attendant, certains sites pilotes émergent çà et là, portés par des alliances mêlant énergéticiens, opérateurs télécoms et entreprises de services numériques. Ces initiatives, si elles se concrétisent, pourraient servir de base aux gigafactories officielles, à condition que Bruxelles parvienne à harmoniser les standards et à débloquer les fonds promis.