"J'ai un profond respect pour Marine Le Pen, je l'ai toujours dit", a déclaré la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, dans une prise de parole qui marque une distance prudente avec la dirigeante française. Interrogée sur les perspectives judiciaires de Marine Le Pen, Giorgia Meloni a estimé ne pas être "la personne la mieux placée pour s'exprimer sur l'avenir judiciaire d'un leader politique d'un autre pays européen".

Cette déclaration intervient alors que le procès en appel du Rassemblement national, concernant l'affaire des assistants parlementaires européens, doit s'ouvrir dans les prochains jours. Marine Le Pen a été condamnée en première instance à une peine d'inéligibilité avec exécution provisoire, une décision qui a suscité de vives réactions au sein de la classe politique française et européenne.

Un équilibre diplomatique délicat

En choisissant de ne pas commenter directement la situation judiciaire de Marine Le Pen, Giorgia Meloni semble vouloir préserver ses relations institutionnelles avec la France tout en maintenant un lien personnel avec la chef de file du RN. Les deux femmes politiques entretiennent des relations régulières, partageant des positions communes sur plusieurs sujets européens, notamment en matière de migration et de défense des souverainetés nationales.

La cheffe du gouvernement italien a toutefois pris soin de ne pas s'aventurer sur le terrain contentieux. "Je ne veux pas interférer dans les affaires internes d'un autre pays", a-t-elle précisé, une formule qui suggère une volonté de ne pas créer de tensions diplomatiques avec Paris. Le gouvernement français, par la voix de son exécutif, a toujours défendu l'indépendance de la justice, un principe que Giorgia Meloni semble respecter dans ses déclarations.

Un contexte européen tendu

Cette mise à distance intervient dans un climat politique européen marqué par des tensions autour de l'État de droit. Plusieurs dirigeants de droite et d'extrême droite ont critiqué ces derniers mois ce qu'ils considèrent comme une utilisation politique de la justice contre leurs opposants. Giorgia Meloni, tout en partageant certaines de ces préoccupations, choisit ici de ne pas entrer dans une polémique directe.

La position de la présidente du Conseil italien est d'autant plus scrutée qu'elle pourrait influencer les équilibres au sein du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE), dont fait partie son parti Fratelli d'Italia. Le Rassemblement national, de son côté, n'est pas membre de ce groupe, ce qui offre à Giorgia Meloni une marge de manœuvre diplomatique.

Les réactions en France

En France, les propos de Giorgia Meloni ont été diversement commentés. Certains élus ont salué sa retenue, tandis que d'autres y voient une forme de soutien implicite à Marine Le Pen, déguisée en réserve diplomatique. Le Rassemblement national n'a pas officiellement réagi à ce stade, mais des sources proches du parti indiquent que les relations avec Rome restent excellentes.

Alors que le procès en appel s'annonce comme un moment clé pour l'avenir politique de Marine Le Pen, la position de Giorgia Meloni illustre les équilibres complexes auxquels sont confrontés les dirigeants européens sur des dossiers mêlant politique et justice.