Google a annoncé un investissement d’environ 75 millions de dollars dans le studio indépendant A24, en parallèle d’un partenariat de recherche en intelligence artificielle entre sa division DeepMind et la société de production. L’opération constitue une première pour le groupe californien, qui n’avait jamais pris de participation dans un studio de cinéma.
Selon des sources informées de la transaction, l’accord est conclu pour une durée de plusieurs années et n’inclut pas de clause d’exclusivité. Google n’aura pas accès aux données du studio, notamment à sa filmographie et à son catalogue télévisuel. La somme engagée par Google équivaut au montant investi par le fonds Thrive Capital lors d’une levée de fonds en 2024 qui valorisait A24 à 3,5 milliards de dollars.
A24, basé à New York, s’est imposé comme un acteur majeur du cinéma indépendant avec des films tels que « Backrooms » ou « Marty Supreme », porté par Timothée Chalamet. L’entreprise est dirigée par des partenaires dont Scott Belsky, qui supervise les activités liées à la technologie et à l’innovation.
Un partenariat pour des outils « non génératifs »
L’objectif affiché de l’alliance entre DeepMind et A24 est de concevoir de nouveaux outils destinés à la production cinématographique ainsi qu’à la distribution. Scott Belsky a précisé que ces technologies ne prendraient pas la forme de génération de contenu par prompts, souvent perçue comme une menace par les créateurs. « Nous pensons qu’il existe des usages meilleurs, qui préservent le contrôle créatif et encouragent la prise de risques », a-t-il déclaré. « Les nouveaux outils ne ressembleront en rien à ce type d’IA à génération par instructions qui met les gens mal à l’aise. »
Cette approche tranche avec les tensions récurrentes entre l’industrie cinématographique et les entreprises d’intelligence artificielle. Plusieurs studios ont engagé des poursuites judiciaires pour violation présumée de droits d’auteur, tandis que des réalisateurs ont publiquement dénoncé l’IA comme un ennemi de la créativité. La Walt Disney Company avait signé un partenariat avec OpenAI en 2024, avant que le groupe technologique ne mette fin à son outil de génération vidéo Sora en mars 2025. Netflix a de son côté acquis une start-up d’IA fondée par l’acteur Ben Affleck, spécialisée dans la retouche de scènes sans nécessité de reprises.
Un investissement discret mais stratégique
En injectant 75 millions de dollars dans A24, Google effectue un mouvement qui dépasse le cadre des investissements traditionnels dans le divertissement. La société détient déjà une place majeure dans l’univers du loisir numérique via YouTube, mais elle n’avait jamais pris de participation dans un studio. Ce choix est perçu par des observateurs comme une tentative de rapprocher les mondes de la recherche en IA et de la création artistique, dans un contexte où la plupart des studios hollywoodiens restent prudents face à l’adoption de ces technologies.
Le partenariat, décrit comme nonexclusif, laisse à A24 une liberté de collaborer avec d’autres entreprises technologiques. Aucun calendrier de déploiement des futurs outils n’a été communiqué pour l’instant.