Un projet inédit de lutte biologique
Le géant américain de la technologie a officiellement saisi l'Agence américaine de protection de l'environnement (EPA) pour obtenir l'autorisation de disséminer jusqu'à 32 millions de moustiques mâles stérilisés dans deux États du pays. Cette opération, conduite dans le cadre du programme Debug, vise à contenir la propagation du moustique tigre asiatique (Aedes aegypti), une espèce exotique originaire d'Afrique qui sévit en Floride et en Californie.
Selon la demande soumise à l'EPA, 16 millions de ces insectes seraient relâchés dans chacun des deux États. Les autorités ont ouvert une période de consultation publique qui s'achève le 5 juin, après laquelle l'agence rendra sa décision.
Comment neutraliser un moustique par un autre moustique
La méthode employée par le programme Debug repose sur un principe de stérilisation par bactérie. Les mâles produits en laboratoire sont infectés par Wolbachia, une bactérie naturelle qui les rend incapables de féconder les femelles sauvages. Lorsqu'une femelle s'accouple avec l'un de ces mâles stériles, ses œufs n'éclosent pas. À chaque génération, la population de moustiques nuisibles diminue.
Un point crucial de ce procédé est que seuls des mâles sont relâchés. Contrairement aux femelles, les moustiques mâles ne piquent pas et ne transmettent donc aucune maladie. Le risque de piqûres supplémentaires pour l'homme est ainsi inexistant.
Le défi technique réside dans le tri des sexes. Les ingénieurs de Debug développent des technologies combinant capteurs, algorithmes et ingénierie mécanique pour séparer rapidement et avec précision les mâles des femelles avant le lâcher.
Une cible invasive, sans impact écologique
L'espèce visée, Aedes aegypti, est un vecteur redoutable. Elle transmet la dengue, la fièvre jaune, le virus Zika et le chikungunya – une maladie provoquant des douleurs articulaires intenses pouvant persister des mois, voire des années. Selon les estimations du programme Debug, 40 % de la population mondiale est exposée au risque de contraction d'une maladie propagée par ce moustique.
Cet insecte n'étant pas indigène en Floride ni en Californie, son éradication ne menace pas la chaîne alimentaire locale. Nathan Burkett-Cadena, professeur associé au laboratoire d'entomologie médicale de l'Université de Floride, a souligné qu'« aucun animal ne dépend de ce moustique spécifique pour se nourrir » dans ces régions. Il a ajouté que si Google ciblait des espèces de moustiques locales, cela pourrait entraîner des conséquences environnementales en cascade, mais que ce n'était pas le cas ici.
Prochaines étapes
Si l'EPA donne son feu vert, le lâcher pourrait intervenir dans les prochains mois. Les équipes de Debug prévoient de renouveler l'opération chaque année afin de maintenir la pression sur la population d'Aedes aegypti. Le programme Debug avait déjà mené des expérimentations à plus petite échelle dans d'autres régions du monde, mais il s'agirait de la première opération d'une telle ampleur sur le sol américain.
Le projet suscite un vif intérêt dans la communauté scientifique, mais aussi des interrogations chez les riverains des zones ciblées. Les autorités sanitaires rappellent que ces moustiques modifiés ne représentent aucun danger pour l'homme ni pour l'environnement.