Un taux de chômage inédit pour les jeunes diplômés
La dernière enquête annuelle de la Conférence des grandes écoles (CGE), publiée en juin 2026, dresse un tableau préoccupant de l’insertion professionnelle des jeunes diplômés. Parmi les sortants de la promotion 2025, 20,5 % sont en recherche d’emploi au moment de l’étude, soit une hausse de 3,6 points par rapport à l’année précédente. Il s’agit du taux le plus défavorable depuis 2005, une première en deux décennies.
L’enquête a été menée auprès de 210 établissements membres de la CGE – parmi lesquels figurent HEC Paris, Sciences Po ou CentraleSupélec – et repose sur les réponses de plus de 50 000 diplômés. Les données ont été collectées entre décembre et mars derniers, soit moins de six mois après l’obtention du diplôme. La CGE elle-même qualifie la conjoncture traversée de « période assez intense sur le plan international et économique », peu propice aux créations d’emplois.
Les ingénieurs, premiers touchés
La dégradation est particulièrement marquée dans les filières d’ingénieurs, traditionnellement épargnées par les difficultés d’insertion. Le taux net d’emploi – qui exclut les diplômés ayant poursuivi leurs études – chute de 4,9 points pour s’établir à 77,5 %. À titre de comparaison, le recul est de 3,8 points pour les managers et de 1,1 point pour les autres spécialités (écoles d’architecture, de journalisme, Sciences Po).
Le secteur du conseil, premier débouché des jeunes ingénieurs avec près d’un quart des embauches (24,3 %), est identifié comme un facteur explicatif. Selon un membre de la CGE, ce secteur est « extrêmement sensible au cycle économique », notamment les sociétés de services en ingénierie où « les dépenses informatiques font partie des variables d’ajustement ». Une autre piste évoquée par l’organisation est celle des « gains de productivité espérés grâce à l’IA », qui pourraient réduire les besoins en recrutement.
Cette tendance rejoint des observations déjà faites aux États-Unis, où le taux d’emploi dans les métiers de l’informatique, du génie informatique et des sciences de l’information aurait chuté de 6,6 points entre 2022 et 2024, selon une étude citée par l’enquête. Le phénomène semble désormais gagner la France.
Un accès à l’emploi plus précaire
Pour les diplômés qui parviennent à décrocher un poste, la qualité de l’emploi se détériore également. La part des contrats à durée indéterminée (CDI) recule de 4,6 points par rapport au record de 2023, qui atteignait 85,5 %. En revanche, la rémunération moyenne reste quasi stable : le salaire brut annuel hors primes s’élève à 39 679 euros, soit environ 3 300 euros par mois, en légère progression de 0,2 % sur un an. Cette hausse est portée par les diplômés d’autres spécialités (+ 2,4 %) et, dans une moindre mesure, par les ingénieurs (+ 0,4 %), ce qui réduit l’écart avec les managers, bien que ces derniers conservent des rémunérations plus élevées à la sortie de l’école.
Un paradoxe face aux besoins de réindustrialisation
Ces difficultés d’insertion apparaissent en contradiction avec les ambitions de réindustrialisation affichées par la France. Selon un rapport de l’Institut Montaigne, le pays aurait besoin de former 100 000 ingénieurs chaque année pour accroître le poids de l’industrie dans le produit intérieur brut. Or, les 44 000 diplômés de la promotion 2025 ne trouvent pas tous un emploi, ce qui interroge sur l’adéquation entre la formation délivrée et les besoins du marché, mais aussi sur l’impact de la conjoncture économique et technologique.
L’enquête de la CGE, qui examine également la situation des promotions 2024 et 2023, montre que même un an après l’obtention du diplôme, le taux d’emploi des jeunes diplômés atteint certes 90 %, mais en recul par rapport aux enquêtes précédentes. La CGE associe cette tendance à un contexte international et économique peu favorable à l’emploi des jeunes. Les prochains mois diront si ce repli est conjoncturel ou annonciateur d’une transformation plus structurelle du marché du travail pour les diplômés des grandes écoles françaises.