Le coup d’envoi de la Coupe du monde 2026 a été donné au Mexique, et avec lui, l’attention du monde entier se tourne vers les stades du pays. Si la fête footballistique promet d’être grandiose, une ombre plane sur l’un des sites hôtes : Guadalajara, la capitale de l’État de Jalisco, bastion d’un des syndicats criminels les plus redoutés de l’histoire du pays.

Le journaliste mexicain Leon Krauze, qui se prépare à suivre le tournoi, évoque avec enthousiasme l’héritage footballistique de la ville. « Le Brésil de Pelé a joué ici en 1970, puis Zico et Socrates en 1986. Il existe une véritable mémoire du football, une histoire d’amour entre Guadalajara et le ballon rond, et je m’attends à ce que ce soit une fête magnifique », confie-t-il. Mais il ajoute, lucide, que la situation ne sera pas simple.

En effet, Guadalajara est également le cœur névralgique d’une organisation criminelle particulièrement violente, ce qui a conduit les autorités à déployer un dispositif de sécurité massif. La présence de cette mafia locale, connue pour son implication dans le trafic de stupéfiants et pour sa capacité d’intimidation, pose la question des risques encourus par les visiteurs étrangers venus assister aux matchs.

Les défis sécuritaires d’un méga-événement

L’organisation du Mondial représente un défi logistique et sécuritaire immense pour le gouvernement mexicain. Le chef de l’État a multiplié les déclarations rassurantes ces derniers mois, assurant que tout serait mis en œuvre pour protéger les joueurs et les supporters. Les forces de l’ordre ont été renforcées et des unités spécialisées déployées autour des stades et dans les zones touristiques.

Cependant, le contexte sécuritaire ne se limite pas aux seules menaces locales. Les autorités doivent également composer avec la pression diplomatique exercée par l’administration américaine. Le président des États-Unis, Donald Trump, a réagi avec virulence face au trafic de drogue en provenance du Mexique, et la tenue du tournoi sur le sol mexicain est perçue comme un test de la capacité du pays à maîtriser ses propres frontières et à contenir la criminalité organisée.

Un cartel aux ramifications tentaculaires

Le cartel de Jalisco, désigné comme l’une des organisations criminelles les plus dangereuses au monde, s’est imposé ces dernières années par une violence extrême et une diversification de ses activités illicites. Son ancrage territorial dans l’État de Jalisco, dont Guadalajara est la capitale, en fait un acteur incontournable de la région. La crainte d’infiltration ou d’actions opportunistes pendant la Coupe du monde est réelle, même si les autorités affirment avoir pris les devants.

Pour les supporters étrangers, l’ambiance dans les rues de Guadalajara pourrait être contrastée : entre la liesse populaire des matchs et une vigilance policière omniprésente, surnage un sentiment d’incertitude. Certains voyageurs, interrogés avant leur départ, se disent confiants dans le dispositif de sécurité, tandis que d’autres redoutent une escalade de la violence.

La fête contre la peur

Le paradoxe est frappant pour une ville qui a vu défiler les plus grandes légendes du football mondial. Les précédentes éditions de la Coupe du monde au Mexique, en 1970 et 1986, avaient été marquées par une ambiance festive et un engouement populaire. Mais jamais le pays n’avait dû organiser un tel événement sous la pression aussi directe d’un cartel criminel majeur.

Le gouvernement mise sur le succès du tournoi pour redorer l’image du pays à l’international et démontrer sa capacité à sécuriser un événement planétaire. Cependant, la cohabitation entre la ferveur sportive et la réalité de la violence criminelle reste un équilibre précaire. Les projecteurs braqués sur Guadalajara pour les prochaines semaines révéleront si la ville parvient à concilier sa passion pour le jeu et la nécessité de contenir l’emprise du crime organisé.