Au moins 67 personnes ont perdu la vie et plusieurs dizaines d'autres ont été blessées lors de deux frappes de drones survenues ces derniers jours dans la région du Kordofan, au Soudan. Les bilans, communiqués par des autorités sanitaires et des comités locaux de résistance, font état de victimes civiles en grande majorité.
Circonstances des attaques
Selon des témoignages concordants, la première frappe a visé un marché très fréquenté dans la localité de Dilling, faisant une quarantaine de morts. La seconde attaque a ciblé un rassemblement de personnes déplacées près d'El-Obeid, capitale du Kordofan du Nord, où plusieurs dizaines de personnes seraient décédées. Les secouristes ont évoqué des scènes de chaos, les blessés étant transportés vers des structures médicales déjà saturées par les combats en cours.
Les drones utilisés n'ont pas été formellement identifiés, mais les habitants attribuent ces frappes aux forces armées régulières, qui mènent une campagne de bombardements aériens contre les positions des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR). Ces derniers contrôlent une partie de l'État du Kordofan depuis le début de la guerre. Les FSR, de leur côté, démentent toute implication et accusent les militaires de cibler délibérément des zones civiles. Aucune confirmation indépendante de ces allégations n'a été obtenue.
Un conflit meurtrier qui s'étend
Depuis avril 2023, la guerre entre l'armée soudanaise, dirigée par le général Abdel Fattah al-Burhan, et les FSR, commandées par le général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemedti », a fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de dix millions de personnes, selon les Nations unies. La région du Kordofan, jusqu'ici moins touchée que la capitale Khartoum ou le Darfour, est devenue un théâtre récurrent d'affrontements et de frappes aériennes.
L'usage intensif des drones par les deux camps a été documenté par plusieurs organisations internationales. Ces engins permettent des frappes de précision, mais causent aussi de lourdes pertes civiles lorsqu'ils atteignent des marchés, des hôpitaux ou des camps de déplacés. Les mécanismes de protection des civils, notamment les trêves négociées sous l'égide des États-Unis ou de l'Arabie saoudite, n'ont jusqu'ici pas enrayé la violence.
Réactions et silence des belligérants
Au moment où ces lignes sont écrites, ni les autorités militaires soudanaises ni les FSR n'ont officiellement commenté les frappes de drones au Kordofan. Les activistes locaux dénoncent un « mépris total » pour les vies humaines et réclament une enquête internationale. Le Comité des résistants de Dilling a publié un communiqué appelant la communauté internationale à agir pour protéger les populations.
De son côté, l'ONU, par la voix de son bureau de coordination des affaires humanitaires, a exprimé sa « profonde consternation » face à ce nouveau bilan, sans toutefois désigner un responsable. Les besoins humanitaires au Soudan restent immenses : la famine menace plusieurs régions, et l'accès aux soins est gravement entravé par les combats.
Un conflit qui s'enlise
La guerre au Soudan, qui dure depuis plus de trois ans, semble s'enliser sans perspective de règlement politique. Les récents pourparlers menés à Djeddah n'ont pas abouti à un cessez-le-feu durable. Le Kordofan, riche en ressources agricoles et pétrolières, est devenu un enjeu stratégique pour les belligérants, ce qui pourrait expliquer l'intensification des frappes.
Ces nouvelles attaques rappellent la vulnérabilité des civils, pris en étau entre deux armées qui ne respectent que rarement le droit international humanitaire. Plusieurs ONG ont dénoncé l'impunité qui entoure ces exactions, appelant à la création d'une commission d'enquête internationale.
En attendant, les habitants du Kordofan enterrent leurs morts et cherchent un abri, pendant que les drones, eux, continuent de bourdonner dans le ciel.