Un retour à la normale compromis

Alors que la guerre entre les États-Unis et l'Iran s'apprête à entrer dans son centième jour, l'idée qu'un cessez-le-feu rapide permettrait de rétablir les marchés de l'énergie en quelques semaines s'avère largement illusoire. De nombreux responsables politiques, investisseurs et chefs d'entreprise parient sur une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz pour faire baisser les prix du pétrole et du gaz. Pourtant, les grands groupes pétroliers, les armateurs et les économistes anticipent un scénario bien plus long et complexe.

Selon le directeur général de Saudi Aramco, premier fournisseur de pétrole de la région, même une réouverture immédiate du détroit nécessiterait « plusieurs mois pour que le marché se rééquilibre ». Si la fermeture se prolongeait encore quelques semaines, le processus de normalisation s'étendrait jusqu'en 2027. Ces propos, tenus devant des investisseurs le mois dernier, illustrent l'ampleur des défis à venir.

Un trafic toujours quasi nul malgré la trêve

Le trafic maritime dans cette voie d'eau stratégique entre l'Iran et Oman reste très inférieur aux niveaux d'avant le conflit, malgré un cessez-le-feu fragile instauré le 8 avril. Les prix du pétrole se maintiennent environ 30 % au-dessus de leur niveau d'avant-guerre, ce qui maintient les coûts de l'essence, du diesel et des engrais à des niveaux élevés. Ces surcoûts alimentent l'inflation mondiale, perturbent les chaînes d'approvisionnement et font grimper les prix alimentaires, notamment parce que les engrais, souvent fabriqués à partir de gaz naturel, deviennent trop chers pour les agriculteurs.

Des délais incompressibles pour rassurer les armateurs

Les experts estiment qu'une fois un accord de paix conclu, les compagnies maritimes devront retrouver suffisamment de confiance pour renvoyer leurs équipages dans la région. Cette phase d'observation pourrait durer de trente à quarante-cinq jours. Des dispositifs de sécurité, incluant des patrouilles navales internationales, devront être mis en place pour protéger les navires d'éventuelles attaques sporadiques.

Le PDG de Chevron a souligné que les frappes contre les navires dans le détroit d'Ormuz se poursuivent, plusieurs bâtiments ayant encore été touchés la semaine dernière. Selon lui, la réouverture du détroit sera probablement un processus « par à-coups ». « Il suffit d'une seule attaque contre un navire pour dissuader la grande majorité des armateurs », explique le directeur de la recherche chez Sparta Commodities. Il ajoute que les compagnies ont déjà remplacé leurs revenus du Golfe par d'autres routes, ce qui les rend réticentes à prendre des risques.

Des primes d'assurance toujours très élevées

Le marché de l'assurance maritime, notamment Lloyd's de Londres, a vu les primes de risque de guerre pour les transits par Ormuz grimper de façon spectaculaire. Même après l'entrée en vigueur du cessez-le-feu, ces primes restent à des niveaux très élevés, reflétant la persistance du danger.

L'engorgement logistique et les infrastructures endommagées

Une fois le détroit sécurisé, il faudra également faire sortir les nombreux pétroliers actuellement bloqués à l'intérieur du Golfe, tandis que de nouveaux navires arriveront de ports parfois situés à l'autre bout du monde pour charger de nouvelles cargaisons. Ce processus pourrait prendre huit semaines, voire davantage.

Les infrastructures énergétiques de la région ont subi des dommages considérables. Des dizaines de gisements pétroliers, pipelines, raffineries et installations de gaz naturel liquéfié (GNL) ont été touchés. Selon le cabinet de conseil Rystad Energy, le coût des réparations était estimé en avril entre 25 et 58 milliards de dollars. Le géant qatari Ras Laffan figure parmi les sites les plus durement touchés.

Perspectives : une crise énergétique durable

L'ensemble de ces facteurs laisse présager que, même en cas de paix rapide, les marchés de l'énergie et les chaînes d'approvisionnement mondiales ne retrouveront pas leur équilibre avant de nombreux mois, voire plusieurs années. La combinaison des délais de sécurisation, de la logistique complexe et des réparations massives maintiendra une pression haussière sur les prix du pétrole, du gaz et des produits dérivés, avec des répercussions directes sur l'inflation et la sécurité alimentaire mondiale.