La série britannique « Happy Valley », couronnée de multiples récompenses, fait son retour sur Arte avec la rediffusion de ses trois saisons. Créée par Sally Wainwright, elle plonge le spectateur dans l’Angleterre rurale des années 2010, au sein de la vallée du Calder, où l’héroïne Catherine Cawood, sergent de police interprétée par Sarah Lancashire, mène une lutte quotidienne contre la criminalité tout en portant le poids d’un drame personnel dévastateur.

L’intrigue centrale tourne autour de Tommy Lee Royce, un criminel violent incarné par James Norton, qui avait violé la fille de Catherine des années plus tôt. Ce traumatisme a conduit la jeune femme au suicide, laissant Catherine élever seule son petit-fils. La série ne recule pas devant la noirceur : elle montre sans fard les conséquences du viol et du deuil sur une mère et grand-mère ordinaire, mais dotée d’une force de caractère exceptionnelle.

Au fil des épisodes, l’opposition entre Catherine et Tommy Lee Royce devient le moteur d’une narration tendue et imprévisible. Là où certains polaires misent sur le spectaculaire, « Happy Valley » choisit l’ancrage social et la vérité des émotions. Chaque enquête menée par Catherine — qu’il s’agisse de trafic de drogue, de kidnapping ou de corruption — renvoie à une réalité régionale marquée par la désindustrialisation, le chômage et la violence domestique.

La série a été largement saluée par la critique pour son écriture sans concession et son jeu d’acteur remarquable. Sarah Lancashire a notamment reçu de nombreux trophées pour son interprétation, tandis que la création de Sally Wainwright a été qualifiée de « meilleur polar britannique » de sa décennie par plusieurs observateurs. Pourtant, malgré ce succès critique, la série n’a pas toujours bénéficié de la reconnaissance publique qu’elle mérite, ce que cette rediffusion sur Arte vise à corriger.

La structure en trois saisons permet de suivre l’évolution des personnages sur plusieurs années, sans jamais tomber dans la facilité. Le suicide de la fille, évoqué dès le premier épisode, reste une blessure vive qui colore chaque réaction de Catherine. La série interroge ainsi la résilience, la justice personnelle et la capacité d’une femme à incarner l’autorité dans un milieu professionnel encore très masculin.

La rediffusion intégrale sur Arte offre une occasion de (re)découvrir une œuvre qui a marqué l’histoire récente des séries policières. Par sa profondeur psychologique et son refus des clichés, « Happy Valley » s’impose comme un modèle de narration engagée, où le drame intime se mêle à un portrait sans complaisance de la société anglaise contemporaine.