Dépourvu de réserves domestiques de pétrole ou de gaz, l'État d'Hawaï dépend depuis longtemps des importations d'énergies fossiles pour alimenter son réseau électrique, ses transports terrestres, maritimes et aériens. Cette situation pèse lourdement sur son économie, d'autant que les chocs pétroliers mondiaux se répercutent directement sur le coût de la vie et l'activité touristique – secteur vital qui attire près de dix millions de visiteurs par an.

Un engagement précoce et ambitieux

Dès 2015, Hawaï est devenu le premier État américain à s'engager à produire 100 % d'électricité renouvelable à l'horizon 2045. L'objectif visait à exploiter les ressources locales : solaire, éolien, biomasse, hydroélectricité et géothermie, cette dernière profitant du volcanisme de l'archipel. En 2018, l'ambition a été étendue à l'ensemble de l'économie, avec une cible pionnière d'émissions nettes négatives pour 2045. Par ailleurs, une action en justice mondiale inédite, portée par des jeunes, a contraint l'État à décarboner le secteur des transports d'ici la même échéance.

« Ces objectifs ambitieux, qui visent à minimiser, voire à éliminer totalement la dépendance aux importations énergétiques, sont motivés par une quête d'autonomie », explique Peter Sternlicht, membre du conseil d'administration de l'association Sustainable Energy Hawaii, une organisation à but non lucratif dédiée aux énergies renouvelables.

Des défis propres à chaque île

La géographie fragmentée de l'archipel complique la transition. « L'État a besoin de nombreuses politiques s'il veut atteindre son objectif de 2045 », souligne Paul Bernstein, spécialiste en politiques économiques à l'Université d'Hawaï.

Sur l'île d'Oahu, qui abrite la capitale Honolulu, la forte densité de population et le manque d'espace rendent le déploiement des énergies propres plus difficile. « Sur Oahu, où la densité de population et les contraintes foncières rendent la transition plus complexe, l'État donne la priorité à la modernisation du réseau, à une production plus efficace et à d'importants investissements privés pour soutenir le développement des énergies renouvelables à grande échelle et du stockage dans les années à venir », précise Mark B. Glick, responsable de la politique énergétique au Bureau de l'énergie de l'État d'Hawaï.

À Maui, l'ouragan de 2023, qui a abattu des lignes électriques et provoqué des incendies meurtriers (102 décès), a fragilisé la capacité du principal fournisseur d'électricité, Hawaiian Electric, à poursuivre une transition abordable.

Le solaire et la géothermie en première ligne

Près de la moitié des habitations d'Oahu sont équipées de panneaux solaires sur leurs toits, un taux élevé. Mais selon Mark B. Glick, l'énergie géothermique doit occuper une place plus importante dans le mix. Sur l'île d'Hawaï, la plus vaste de l'archipel, la géothermie a déjà fourni jusqu'à 30 % de l'électricité locale en 2017 avant que sa production ne soit réduite à la suite d'une éruption volcanique. Les autorités prévoient d'accroître sa capacité de 20 % d'ici la fin 2026.

Le talon d'Achille des transports

Le défi le plus redoutable reste la décarbonation du transport maritime et aérien, secteur dont l'économie touristique est totalement dépendante. « En gros, tous nos biens viennent d'ailleurs », constate Paul Bernstein, qui évoque la nécessité de développer des carburants durables pour l'aviation. Aucune solution technologique de masse n'est encore disponible à court terme pour remplacer le kérosène sur les vols long-courriers desservant les îles.

Perspectives

Si la volonté politique et les premiers résultats – notamment solaires – sont tangibles, Hawaï reste loin d'une autonomie énergétique totale. La réussite de son plan reposera sur une combinaison de volonté réglementaire, d'innovation technologique et d'investissements massifs, dans un contexte où les tensions géopolitiques rappellent chaque jour le prix de la dépendance aux hydrocarbures importés.