Une analyse sans concession

Hillary Clinton a livré un verdict cinglant sur la défaite démocrate de 2024, lors d'une conversation publique qui s'est tenue à Manhattan. Interrogée par le rédacteur en chef du New Yorker, David Remnick, l'ancienne candidate à la présidence a estimé que la reconduction de Joe Biden comme candidat du Parti démocrate constituait une « terrible erreur de calcul ». Selon elle, cette décision a nui à la fois à l'intéressé, à son héritage politique et au pays tout entier.

« Si le président avait passé le relais, et si le parti avait organisé une primaire compétitive, alors celui ou celle qui en serait sorti – que ce soit la vice-présidente, un gouverneur, un sénateur ou quelqu'un d'autre – aurait battu Donald Trump », a déclaré Mme Clinton.

Un retrait tardif et ses conséquences

Joe Biden, âgé de 81 ans au moment de sa candidature, avait finalement quitté la course à la fin du mois de juillet 2024, après un débat catastrophique face à Donald Trump. Il avait immédiatement apporté son soutien à sa vice-présidente, Kamala Harris, laissant à cette dernière seulement trois mois pour bâtir sa propre campagne avant le scrutin. Cette fenêtre chronologique restreinte a été largement perçue comme un handicap majeur.

L'épouse de l'ancien président, Jill Biden, avait elle-même confié, quelques semaines auparavant, avoir été « effrayée » durant ce débat. « J'ai pensé : “Mon Dieu, il fait une attaque” », avait-elle déclaré, tout en reconnaissant avoir poussé son mari à rester en lice après cette prestation.

Un rapport interne accablant

Les critiques de Mme Clinton interviennent alors que le Comité national démocrate (DNC) a publié, en mai, un rapport d'autopsie électorale. Ce document, qualifié d'incomplet et d'entaché d'erreurs, reproche à la Maison-Blanche de Biden la manière dont Kamala Harris a été positionnée avant le retrait tardif du président. Le rapport n'a toutefois pas analysé en profondeur la décision initiale de Biden de briguer un second mandat.

Une rivalité de longue date

Les relations entre Hillary Clinton et Joe Biden, publiquement courtoises, ont souvent été marquées par une concurrence farouche, voire des ressentiments privés. Tous deux ont occupé les plus hautes fonctions sous la présidence de Barack Obama – Mme Clinton comme secrétaire d'État, M. Biden comme vice-président. Chacun avait envisagé de se présenter à l'élection de 2016, avant que Biden n'y renonce, sur fond de deuil de son fils Beau.

Barack Obama, à l'époque, jugeait Hillary Clinton plus solide électoralement que Joe Biden, et l'avait discrètement dissuadé de se lancer. De son côté, M. Biden a exprimé à plusieurs reprises des regrets de ne pas être entré en lice en 2016, confiant notamment : « Je le regrette tous les jours » et « Je pense que j'aurais pu gagner ».

Une introspection partisane

Les déclarations de l'ancienne secrétaire d'État relancent le débat sur les responsabilités de la défaite de 2024. Alors que le parti tente de tirer les leçons de cet échec, la question de la stratégie de succession – ou de son absence – demeure au cœur des critiques internes.