Trois années après le mouvement de grève qui avait paralysé l'industrie du divertissement, un accord majeur vient d'être conclu entre les principaux studios hollywoodiens et les syndicats représentant les acteurs et les scénaristes. Cet accord, annoncé ce week-end, établit un cadre de protection renforcé face à l'essor de l'intelligence artificielle (IA).
Un compromis élaboré sous tension
Les négociations, qui se sont déroulées ces dernières semaines à Los Angeles, ont abouti à un texte qui encadre strictement l'utilisation de l'IA générative. Selon les termes de l'accord, tout recours à des outils d'IA pour reproduire l'image, la voix ou le jeu d'un comédien devra faire l'objet d'un consentement explicite et d'une compensation financière négociée. Les studios ne pourront plus utiliser de « clones numériques » sans l'accord préalable des artistes concernés ou de leurs ayants droit.
Les scénaristes bénéficient également de nouvelles garanties. L'accord stipule que les textes générés par une IA ne peuvent être considérés comme une « œuvre originale » au sens du droit d'auteur, et que le travail d'un scénariste ne peut être utilisé pour entraîner des modèles sans son autorisation. Les crédits et les rémunérations restent exclusivement attachés à des auteurs humains.
Des réactions partagées
Si la direction de l'Alliance of Motion Picture and Television Producers (AMPTP), qui représente les studios, s'est félicitée d'un « accord équilibré qui préserve l'innovation technologique », les représentants syndicaux ont insisté sur le caractère « impératif » de ces garde-fous pour éviter des dérives. Le président de la SAG-AFTRA, Fran Drescher, a qualifié cet accord de « première ligne de défense indispensable pour préserver l'humanité de notre art ».
De nombreux artistes, consultés en amont, s'étaient dits préoccupés par la perspective de voir leurs performances réutilisées sans limite. En 2023, la grève des acteurs et des scénaristes — la plus longue de l'histoire de Hollywood — avait déjà en partie porté sur la régulation de l'IA. L'accord actuel constitue donc une réponse concrète à ces revendications.
Des implications pour toute l'industrie
Au-delà des studios, cet accord pourrait faire jurisprudence dans d'autres secteurs créatifs confrontés à l'émergence de l'IA générative. Les chaînes de streaming et les plateformes numériques, qui produisent une part croissante de contenus, sont également concernées par ces nouvelles règles. Le texte prévoit une clause de révision périodique pour s'adapter aux évolutions technologiques rapides, un point qui avait été réclamé par les syndicats pour éviter toute obsolescence des protections.
Les milieux juridiques spécialisés dans le droit du divertissement estiment que cet accord constitue un précédent important à l'échelle mondiale. Il intervient alors que plusieurs États américains, dont la Californie, examinent des propositions de loi visant à réguler l'usage de l'IA dans les industries culturelles.
Prochaines étapes
Les membres des syndicats doivent désormais ratifier l'accord par un vote électronique organisé dans les semaines à venir. Si la ratification est confirmée, le nouveau cadre entrera en vigueur immédiatement pour une durée de trois ans, jusqu'en 2029. Les observateurs s'attendent à ce que le vote soit largement favorable, même si des voix discordantes, estimant les concessions insuffisantes, se sont fait entendre dans les rangs des artistes indépendants.