Les studios hollywoodiens et les syndicats d'artistes américains ont conclu un accord majeur encadrant le recours à l'intelligence artificielle dans la production cinématographique et télévisuelle. Ce compromis, arraché lors de négociations salariales prolongées, doit entrer en vigueur en juillet prochain une fois ratifié par les membres des syndicats concernés.
Le négociateur en chef du puissant syndicat des acteurs, Duncan Crabtree-Ireland, a décrit des discussions « très intenses » mais dont le ton s'est révélé « beaucoup plus collaboratif » que par le passé. Selon lui, les grèves de 2023, qui ont bloqué la filière pendant plusieurs mois, ont paradoxalement « contribué à relancer la relation entre les studios et les syndicats en général ».
Deux catégories de répliques numériques distinctement régulées
L'accord ne prohibe pas totalement l'IA, mais instaure des protections selon deux types de répliques numériques. La première catégorie concerne les répliques dites « numériques », créées à partir d'un artiste réel, vivant ou décédé. Leur utilisation est désormais subordonnée à « un consentement et une rémunération juste », a précisé Duncan Crabtree-Ireland.
La seconde catégorie regroupe les répliques « synthétiques », qui sont des personnages générés par l'IA sans lien avec une personne existante. Celles-ci pourront être employées « uniquement dans des cas exceptionnels ou des circonstances inhabituelles ». L'accord prévoit des conditions « très dissuasives » à leur recours, sans pour autant les interdire totalement.
Des inquiétudes persistantes et de nouvelles règles pour le doublage
Malgré ces avancées, Duncan Crabtree-Ireland a reconnu que l'IA suscite « toujours beaucoup d'inquiétudes » chez les artistes, en raison des progrès technologiques rapides. Il a cité l'exemple du personnage Tilly Norwood, créé par l'entreprise Particle6, qui a fait sensation en 2025 dans un court-métrage diffusé en ligne.
Une disposition inédite concerne le doublage : la voix d'un acteur principal ne pourra plus être reproduite dans d'autres langues sans son autorisation explicite. Les studios et les plateformes de streaming, de leur côté, affirment désormais mieux saisir les préoccupations des créateurs et reconnaissent que la majorité du travail doit rester effectuée par des humains.
Retour sur une mobilisation historique
En 2023, les scénaristes américains, rejoints par les acteurs, avaient cessé le travail pour exiger une meilleure rémunération et un cadre réglementaire pour l'IA. Ce mouvement social, le plus long depuis des décennies, avait interrompu la production de centaines de films et de séries. Le présent accord, bien que ne satisfaisant pas toutes les revendications, marque une première tentative de régulation contractuelle de l'IA dans le septième art.