Un basculement historique s'est produit à la Bourse de Tokyo. Le conglomérat d'investissement SoftBank Group a supplanté Toyota Motor pour occuper la place de première capitalisation boursière du Japon. Ce changement de leadership reflète la transformation profonde de l'économie nippone, longtemps dominée par ses fleurons industriels.
Un raz-de-marée porté par l'intelligence artificielle
La valorisation de SoftBank s'est envolée ces derniers mois, propulsée par les paris massifs de sa filiale Vision Fund sur l'intelligence artificielle. L'ascension de l'action a été fulgurante, portant la capitalisation boursière du groupe au-delà de celle de Toyota. Ce seuil symbolique a été franchi alors que l'action SoftBank a grimpé de plus de 180 % sur un an.
L'entreprise, fondée par Masayoshi Son, a construit sa fortune en investissant très tôt dans des sociétés comme Alibaba, puis en misant sur le secteur des semi-conducteurs avec l'acquisition de Arm Holdings. L'introduction en Bourse très réussie de cette dernière en 2023 a fourni un tremplin supplémentaire. L'enthousiasme des investisseurs pour tout ce qui touche à l'IA a transformé SoftBank en valeur vedette de la cote tokyoïte.
Toyota, symbole d'une époque révolue
Le constructeur automobile, longtemps considéré comme le joyau de la couronne de l'industrie japonaise, cède donc sa place de numéro un. La valorisation de Toyota a été affectée par des inquiétudes concernant la demande mondiale de véhicules et les défis de la transition vers l'électrique. Bien que l'entreprise reste extrêmement profitable et domine toujours le marché mondial de l'automobile en volume, sa croissance boursière n'a pas suivi le rythme effréné des valeurs technologiques.
Le passage de témoin entre Toyota et SoftBank est vu par de nombreux analystes comme le symbole d'une ère nouvelle. Il illustre le déclin relatif du modèle industriel traditionnel et l'émergence d'une économie japonaise de plus en plus tournée vers le logiciel, les données et les services innovants.
Une nouvelle hiérarchie en Bourse
Le nouveau sommet du classement des capitalisations boursières japonaises place SoftBank devant Toyota, suivi par NTT, Sony Group et Keyence. Cette recomposition témoigne de l'importance croissante des acteurs du numérique dans l'indice Nikkei. Le secteur des technologies de l'information représente désormais une part plus importante de l'indice que le secteur automobile.
SoftBank avait déjà frôlé ce sommet symbolique au début de l'année, lorsque son action avait entamé une ascension fulgurante. L'écart s'est creusé de façon décisive au printemps, jusqu'à ce que la capitalisation du groupe dépasse celle du constructeur automobile de manière durable.
Les paris risqués de Masayoshi Son
La stratégie agressive de Masayoshi Son, connu pour ses paris visionnaires et parfois controversés, a porté ses fruits. Après avoir traversé une période difficile suite à l'échec de l'introduction en Bourse de WeWork et la correction des valeurs technologiques en 2022, le patron de SoftBank a recentré ses investissements sur l'IA.
Arm, dont SoftBank détient environ 90 % du capital, est devenu le pivot de cette stratégie. Le concepteur de puces britannique a profité de l'essor de l'intelligence artificielle générative, devenant un fournisseur incontournable pour des entreprises comme Nvidia. La flambée du cours de Arm a directement bénéficié à la valorisation de SoftBank, sa maison mère.
Quelles conséquences pour l'économie japonaise ?
Ce changement de première capitalisation a des implications profondes pour le marché boursier japonais dans son ensemble. Les investisseurs institutionnels qui suivent des indices pondérés par la capitalisation se verront mécaniquement exposés à SoftBank. L'action du conglomérat pèsera désormais plus lourdement sur la performance du Nikkei 225 et du Topix.
Ce phénomène pourrait accentuer la volatilité de l'indice, les valeurs technologiques étant traditionnellement plus sujettes à des fluctuations brusques que les valeurs industrielles établies. Il place également le Japon au cœur de la course mondiale à l'intelligence artificielle, aux côtés des géants américains.
Le gouvernement japonais, qui cherche à revitaliser l'économie en misant sur l'innovation, voit sans doute dans cette ascension la confirmation que les investissements dans les technologies de rupture peuvent créer de la valeur. Pour les actionnaires de SoftBank, le chemin pourrait encore être long : la participation d'Arm reste sous-évaluée pour certains analystes, et la société pourrait encore gagner en visibilité à mesure que l'IA transforme l'économie mondiale.