Le constructeur automobile Honda a opéré un virage stratégique majeur en lançant la production de batteries destinées non plus aux voitures, mais aux centres de données. Les chaînes de fabrication ont été mises en route cette semaine dans l’usine que le groupe japonais exploite en coentreprise avec LG Energy Solution dans l’Ohio, aux États-Unis.

Cette reconversion intervient trois mois après l’abandon par Honda de plusieurs modèles électriques promis au marché américain. La suppression des crédits d’impôt fédéraux destinés à soutenir l’achat et la production de véhicules électriques, décidée par la majorité républicaine, a provoqué une chute des ventes. Au premier trimestre 2026, celles-ci ont reculé de 27 % sur un an et la part des véhicules électriques dans les ventes totales de voitures neuves s’est établie à 5,8 %, un niveau très inférieur au pic de 10,6 % atteint au troisième trimestre 2025.

Un marché du stockage d'énergie en plein essor

Honda n’a pas pour autant renoncé à son expertise dans les batteries. Le groupe a annulé trois modèles électriques destinés aux États-Unis – dont le SUV Honda Zero – et a enregistré une dépréciation d’actifs de 15,7 milliards de dollars sur l’exercice écoulé, mais il maintient sa coentreprise avec LG Energy Solution. Les cellules initialement prévues pour ces véhicules sont désormais orientées vers le stockage stationnaire, un secteur en pleine expansion.

Le marché mondial du stockage d’énergie affiche une croissance de 32 % sur un an. Rien qu’au premier trimestre de l’année, 9,7 GWh de capacité de stockage ont été installés, soit l’équivalent des batteries nécessaires à la fabrication d’environ 120 000 véhicules électriques. Cette dynamique est portée par la multiplication des centres de données liés à l’intelligence artificielle, dont la consommation énergétique devrait quasiment tripler d’ici à la fin de la décennie.

Un virage suivi par toute l'industrie

Honda rejoint ainsi d’autres constructeurs automobiles qui réorientent leur production de batteries vers le stockage d’énergie pour data centers et réseaux électriques. La demande de ces infrastructures est structurellement soutenue par l’électrification croissante des transports, de l’industrie, du chauffage et de la climatisation. Le constructeur nippon mise sur ce marché pour valoriser ses investissements dans la technologie lithium-ion et amortir les lourdes charges financières liées à l’abandon de ses programmes électriques.