Alors que les États-Unis s’apprêtent à commémorer le 250ᵉ anniversaire de leur déclaration d’indépendance, le président Donald Trump a choisi le Mont Rushmore comme emblème des festivités. Ce monument colossal, sculpté dans la roche des Black Hills, est présenté par l’administration comme un symbole de liberté et d’unité. Mais ce récit officiel se heurte à des travaux historiques et à des mouvements sociaux qui en soulignent les zones d’ombre.

Un message patriotique contesté

Le 4 juillet 2026 sera marqué par une cérémonie au pied des visages des quatre présidents – George Washington, Thomas Jefferson, Theodore Roosevelt et Abraham Lincoln – que Donald Trump a qualifiés d’« incarnations du génie américain ». Le locataire de la Maison-Blanche entend utiliser ce décor pour promouvoir une vision héroïque de l’histoire nationale, centrée sur les « pères fondateurs » et la conquête de l’Ouest.

Cette interprétation est pourtant loin de faire l’unanimité. Des historiens et des militants rappellent que le site du Mont Rushmore a été choisi sur des terres promises aux Sioux Lakota par un traité de 1868, avant d’être confisquées après la découverte d’or. La région reste un sujet de litige entre le gouvernement fédéral et plusieurs tribus amérindiennes. Pour les défenseurs des droits autochtones, glorifier ce lieu sans mentionner ces spoliations revient à cautionner une « amnésie volontaire ».

La question de l’esclavage et des figures présidentielles

Parmi les quatre effigies du mémorial, plusieurs incarnent des contradictions flagrantes avec le discours actuel sur la liberté. George Washington et Thomas Jefferson possédaient des esclaves, tout comme Abraham Lincoln, bien que ce dernier soit connu pour avoir aboli l’esclavage. Cette ambivalence est régulièrement soulignée par des chercheurs qui estiment que le récit national ne peut ignorer les compromissions morales des héros qu’il célèbre.

« On ne peut pas réduire l’histoire à une série de mythes », explique l’historien David W. Blight, spécialiste de la guerre de Sécession. « Le Mont Rushmore incarne à la fois une ambition artistique et un refus de regarder en face les violences fondatrices du pays. » Ce propos reflète les critiques récurrentes contre la manière dont le président reprend une imagerie patriotique déconnectée des réalités historiques.

Un monument lié à un passé controversé

Le sculpteur Gutzon Borglum, qui a conçu le Mont Rushmore entre 1927 et 1941, était un membre actif du Ku Klux Klan. Cette affiliation a été documentée par plusieurs archives. Donald Trump n’a jamais évoqué publiquement ce fait, pas plus que l’administration n’a cherché à le contextualiser lors des préparatifs des célébrations.

Les critiques estiment que cette omission participe d’une construction historique sélective. « Le président utilise le Mont Rushmore comme un décor de cinéma, sans reconnaître les souffrances qui l’entourent », a déclaré Sarah Deer, professeure de droit et militante amérindienne, lors d’une conférence de presse organisée par le Native American Rights Fund.

La réponse de l’administration

Face à ces contestations, la Maison-Blanche a maintenu sa ligne. Le porte-parole présidentiel a affirmé que « le Mont Rushmore représente l’unité du peuple américain et les valeurs qui ont fait la grandeur du pays ». Il a ajouté que les célébrations du 250ᵉ anniversaire ne doivent pas être « détournées par des polémiques artificielles ».

Les festivités officielles, baptisées « Great American State Fair », incluent une série d’événements dans plusieurs États, dont un discours présidentiel retransmis depuis le Dakota du Sud. Le gouvernement a également prévu un feu d’artifice et un concert patriotique au pied du monument.

Un débat qui dépasse la commémoration

Ce conflit d’interprétation s’inscrit dans un contexte politique tendu. Depuis son retour au pouvoir, Donald Trump a multiplié les références à l’histoire américaine, souvent pour justifier ses réformes. En 2025, il avait déjà signé un décret pour « protéger les monuments nationaux » contre les tentatives de déboulonnage, en référence aux actions de groupes antiracistes.

Les célébrations du 250ᵉ anniversaire cristallisent ainsi un affrontement plus large entre deux récits : celui d’une nation édifiée par des héros infaillibles, et celui d’un pays construit sur des violences et des inégalités. Le Mont Rushmore, symbole de liberté pour les uns, reste pour les autres un monument à la mémoire sélective.