Le premier ministre hongrois, Peter Magyar, a annoncé le lancement d’une procédure visant à destituer le président de la République, Tamas Sulyok, après que ce dernier a refusé de quitter ses fonctions. À l’issue d’un entretien au palais présidentiel de Budapest, M. Magyar a indiqué que son gouvernement allait engager « les procédures nécessaires » pour obtenir le départ du chef de l’État, une fois expiré le délai qu’il lui avait fixé pour démissionner.
Cette décision intervient alors que le parti Tisza, dirigé par M. Magyar, dispose d’une majorité des deux tiers au Parlement hongrois, ce qui lui permet de modifier la Constitution. M. Magyar estime que le président Sulyok ne remplit plus son rôle constitutionnel d’incarnation de l’unité nationale et qu’il pourrait entraver l’agenda du nouveau gouvernement.
Des accusations d’inaction face aux dérives passées
Au cours de sa déclaration, M. Magyar a reproché à M. Sulyok de n’être pas intervenu publiquement lorsque l’ancien premier ministre Viktor Orban tenait des propos déshumanisants envers ses opposants ou lorsque le précédent gouvernement avait adopté une législation interdisant les événements LGBTQ+ en Hongrie. « La Constitution stipule clairement que le président incarne l’unité de la nation et garantit le fonctionnement démocratique de l’État », a rappelé M. Magyar devant les journalistes. Il a ajouté : « La Hongrie n’appartient ni à Tamas Sulyok, ni à Viktor Orban. Elle n’appartient à aucun parti ni à aucun système politique unique. »
Le premier ministre a promis que le processus législatif durerait environ un mois et viserait à « écarter toutes les marionnettes » impliquées dans ce qu’il a qualifié de « démantèlement de l’État de droit et de la démocratie ».
Le président refuse et invoque la Constitution
De son côté, Tamas Sulyok a rejeté catégoriquement la demande de démission. Élu en 2024 par un Parlement alors dominé par les alliés de Viktor Orban, il a estimé que la procédure envisagée était contraire aux règles constitutionnelles. « Le président agit conformément à la Constitution et n’a aucune raison de quitter ses fonctions », aurait-il signifié à son interlocuteur, selon des informations concordantes.
Une opposition politique déterminée
Le parti Fidesz, toujours dirigé par Viktor Orban, a immédiatement réagi en dénonçant une tentative de coup d’État constitutionnel. Il a appelé ses partisans à se mobiliser pour défendre le chef de l’État et s’opposer à ce qu’il présente comme une dérive autoritaire du nouveau pouvoir. Plusieurs figures de l’opposition ont également fait part de leurs inquiétudes, craignant que cette confrontation n’aggrave les tensions politiques dans le pays.
Enjeux européens et financiers
Cette crise intervient dans un contexte où l’Union européenne suit de près l’évolution de la situation hongroise. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a récemment indiqué qu’elle était prête à débloquer jusqu’à 16,4 milliards d’euros de fonds gelés si le nouveau gouvernement poursuivait les réformes visant à restaurer l’État de droit. Ces sommes avaient été suspendues en raison des atteintes à la démocratie et à l’indépendance de la justice sous l’ère Orban.
Une procédure inédite
La destitution d’un président en exercice est une procédure rare en Hongrie. Elle nécessite une majorité des deux tiers du Parlement pour être engagée, puis un vote final qui pourrait aboutir à la révocation du chef de l’État. M. Magyar semble déterminé à aller jusqu’au bout, affirmant que la Hongrie doit tourner la page du système hérité de Viktor Orban. La classe politique hongroise se prépare donc à un affrontement juridique et politique sans précédent depuis la chute du précédent gouvernement.