Les téléspectateurs et auditeurs hongrois ont découvert mardi 7 juillet un écran noir sur leurs récepteurs. Le Premier ministre, Péter Magyar, a annoncé dans une déclaration officielle la cessation provisoire des émissions des médias audiovisuels publics du pays. Ce silence radiophonique et télévisuel marque un tournant brutal, moins de deux mois après la défaite électorale de Viktor Orbán.
Des excuses publiques pour des décennies de partialité
Un message s’affichait sur les chaînes concernées, rédigé en hongrois. On pouvait y lire : « Les médias publics ne devraient pas mentir. Nous sommes désolés de l’avoir fait si longtemps. » Cette formulation, directement adressée à la population, constitue une rupture radicale avec la ligne éditoriale qui prévalait sous les précédentes majorités. Le texte appelait également à un nouveau départ, promettant une information honnête et indépendante.
L’arrêt des programmes vise à permettre une refonte complète de l’infrastructure médiatique publique, qui était devenue un instrument de propagande au service du parti Fidesz. Sous la gouvernance de Viktor Orbán, les rédactions de la télévision et de la radio d’État avaient été étroitement contrôlées, leurs contenus alignés sur la communication gouvernementale. Des journalistes critiques avaient été écartés, et l’opposition se plaignait d’un accès quasi nul aux antennes.
Un héritage médiatique sous tutelle
L’annonce de Péter Magyar concrétise une promesse de campagne. Lors des élections législatives anticipées de mai 2026, qui ont porté son parti au pouvoir, il avait promis de « libérer les médias publics de l’emprise partisane ». Le nouveau chef du gouvernement qualifie désormais ces années de « propagande » et de « désinformation systématique ». Selon plusieurs analystes, cette suspension préfigure une loi ambitieuse sur les médias, visant à garantir l’indépendance éditoriale et le pluralisme.
La Hongrie se trouvait sous le coup de nombreuses critiques de la part d’organisations internationales et de l’Union européenne, en raison du verdict de l’affaire « Media pluralism and freedom of expression » qui avait pointé du doigt la concentration des pouvoirs et l’absence de contre-pouvoirs dans le paysage audiovisuel.
Un signal fort pour l’UE et les citoyens
Pour l’exécutif hongrois, il s’agit d’un acte fondateur, propre à restaurer la confiance dans le service public de l’information. « Aucune démocratie digne de ce nom ne peut reposer sur un appareil médiatique qui trompe ses citoyens », a déclaré un porte-parole du gouvernement dans un communiqué distinct. Cette interruption totale des programmes, avant même la définition d’un nouveau modèle, est une première dans l’histoire récente d’un pays membre de l’UE.
Les télévisions et radios publiques hongroises employaient plusieurs milliers de personnes. Le sort de ces effectifs n’a pas été précisé pour l’heure. L’opposition, quant à elle, reste partagée : si elle salue la fin d’une propagande jugée toxique, elle s’inquiète de l’absence de calendrier et de la méthode – une suspension pure et simple, sans consultation préalable. « On change de main, mais la méthode est la même : on décide seul et sans débat », a réagi un député du parti d’extrême droite.
Vers une reconstruction incertaine
Péter Magyar a promis que les antennes rouvriraient « dans quelques semaines » avec une offre totalement repensée. Des représentants de la société civile et des syndicats de journalistes ont été invités à participer à une table ronde sur l’avenir du service public. L’exécutif a également indiqué vouloir s’inspirer des modèles allemand et britannique, fondés sur des conseils d’administration pluralistes et une indépendance budgétaire garantie.
En attendant, les Hongrois n’ont plus accès, depuis mardi, aux chaînes M1, M2, Duna TV, ni aux ondes de Kossuth Rádió. Plusieurs programmes ont été interrompus en plein direct. La population a été invitée à se tourner vers les médias privés et les plateformes numériques pour suivre l’actualité.
Cette décision historique place Budapest sous le regard de ses partenaires européens, qui attendent désormais des actes concrets pour une réforme en profondeur d’un secteur longtemps verrouillé. La Hongrie tente d’écrire une nouvelle page de son histoire médiatique, après trois décennies de contrôle partisan, sous des gouvernements de gauche comme de droite.